Droit de l’éducation Art de l’enseignement des arts

Le 1er septembre 2008, par Geneviève Koubi,

Comme annoncé, l’annexe à l’arrêté du 11 juillet 2008 fixant l’organisation de l’enseignement de l’histoire des arts à l’école primaire, au collège et au lycée a été publiée au BOEN du 28 août 2008.

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Le programme exposé dans cette annexe est applicable dès cette rentrée (année scolaire 2008-2009) pour les classes de l’école primaire, il devrait l’être à compter de la rentrée de l’année scolaire 2009-2010 pour les classes des collèges et des lycées.

L’enseignement de l’histoire des arts s’entend comme effectuant un lien entre divers champs de savoir tels que « la culture scientifique et technique, l’histoire des idées, des sociétés, des cultures ou le fait religieux ». L’organisation développée modifie l’approche générale des arts par les enseignants comme par les enfants – sans défaire les enseignements artistiques (arts appliqués, arts plastiques, cinéma et audiovisuel, danse, musique, théâtre et arts du cirque) de leur spécificité, cela même si ces derniers devront se comprendre en relations avec d’autres disciplines. Dès lors, cet enseignement est « fondé sur une approche pluridisciplinaire et transversale des oeuvres d’art ».

L’annexe à l’arrêté du 11 juillet 2008 précise que « l’enseignement de l’histoire des arts implique la conjonction de plusieurs champs de connaissances. Il s’appuie sur trois piliers : les “périodes historiques”, les six grands “domaines artistiques” et la “liste de référence” pour l’Ecole primaire ou les “listes de thématiques” pour le Collège et le Lycée ».

Cette annexe détaille ainsi les programmes pour chacune des étapes de la scolarité d’un élève depuis l’école primaire (tels que présentés en 2ème partie [1]), puis au collège (signifiés en 3ème partie et conçus en vue des épreuves du brevet [2]) et jusqu’aux dernières années de lycée (donnés en 4ème partie de l’annexe [3]).

L’idée « d’un enseignement de culture artistique partagée » qui « concerne tous les élèves » et « porté par tous les enseignants » voudrait alors « convoquer tous les arts » pour « donner à chacun une conscience commune : celle d’appartenir à l’histoire des cultures et des civilisations, à l’histoire du monde ».

Cet enseignement, qui se déroule dans toutes les disciplines [4], s’étale de la Préhistoire jusqu’aux temps actuels dans des aires géographiques et culturelles régionales, nationales, européennes, mondiales.

L’objectif serait-il d’obliger les élèves à s’inscrire dans un monde déjà édifié ? Il est en effet précisé que l’élève devrait, par cet enseignement, « se construire une culture personnelle à valeur universelle fondée sur des oeuvres de référence ». Cette notion d’œuvres de référence n’informe-t-elle pas sur la tentation des choix téléguidés ? Une certaine insistance est à souligner sur ce point du fait que l’enseignement de l’histoire des arts se trouve essentiellement « fondé sur l’étude des œuvres », oeuvre unique ou ensemble d’oeuvres. Il est alors prévu que « les oeuvres sont analysées à partir de quatre critères au moins : formes, techniques, significations, usages ». Ces critères semblent réfléchis, mais il apparaît difficile de retenir d’emblée des significations suivant des thèses reconstruites autour de paramètres prédéterminés : « message (émis, reçu, interprété) ; sens (usuel, général, particulier ; variations dans le temps et l’espace) ; code, signe (signifiant/ signifié) ; réception, interprétation, décodage, décryptage, etc. ». Néanmoins, en dépit du dessein d’une ouverture sur l’Europe et le monde, comme l’enjeu de cet enseignement est d’une certaine manière d’inciter aux sorties scolaires, pourtant de moins en moins aisées à organiser, la vision des arts se révèle singulièrement étrécie sur une notion de « patrimoine de proximité » [5].

L’un des but est d’aider les élèves « à franchir spontanément les portes d’un musée, d’une galerie, d’une salle de concert, d’un cinéma d’art et d’essais, d’un théâtre, d’un opéra, et de tout autre lieu de conservation, de création et de diffusion du patrimoine artistique » ; comment s’agirait-il ainsi de permettre aux élèves « d’accéder progressivement au rang d’“amateurs éclairés”, maniant de façon pertinente un premier vocabulaire sensible et technique, maîtrisant des repères essentiels dans le temps et l’espace » ? On ne peut que relever que l’un des enjeux de cet enseignement de l’histoire des arts devrait contribuer « à l’acquisition d’une “culture humaniste” » et qu’il se comprend, en tant qu’il suppose « l’acquisition de compétences transversales » en rapport avec la maîtrise de la langue française, avec les connaissances sociales et civiques et comme mode d’initiation à l’autonomie et l’initiative... En effet, les « acquis attendus » ne sont pas sans rappeler l’ensemble des « compétences » auquel l’élève devrait répondre à l’issue de sa scolarité. Le monde merveilleux de l’enfance n’est plus l’imaginaire. L’enfant doit désormais s’insérer rapidement dans un monde trop grand et trop vieux pour lui… au risque de l’échec – dont fera état le Livret de compétences et de connaissances.

Six grands domaines artistiques ont été déterminés : - les arts de l’espace (architecture, arts des jardins, paysage aménagé, etc.) ; - les arts du langage (littérature écrite et orale - roman, nouvelle, fable, légende, conte, mythe, poésie, théâtre, essai, etc. ; inscriptions épigraphiques, calligraphies, typographies, etc.) ; - les arts du quotidien (arts appliqués, design, métiers d’art ; arts populaires, etc.) ; - les arts du son (musique vocale, musique instrumentale, musique de film et bruitage, technologies de création et diffusion musicales, etc.) ; - les arts du spectacle vivant (théâtre, musique, danse, mime, arts du cirque, arts de la rue, marionnettes, arts équestres, feux d’artifice, jeux d’eaux, etc.) ; - les arts du visuel (arts plastiques : architecture, peinture, sculpture, dessin et arts graphiques, photographie, etc. ; illustration, bande dessinée ; cinéma, audiovisuel, vidéo, montages photographiques, dessins animés, et autres images ; arts numériques : pocket films, jeux vidéo, etc.).

Cependant, la mise en œuvre de cet enseignement des arts dépend singulièrement du projet d’école ou d’établissement dans son volet artistique et culturel. Des partenariats sont donc indispensables pour mener à bien une telle entreprise. Ils ne seront pas si faciles à organiser pour bien des écoles situées dans des zones urbaines sensibles ou en zone rurale [6]…

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Notes :

[1] p. 6 et 7 de l’annexe. Les compétences attendues sont quelque peu déphasées par rapport aux aptitudes des élèves ; à l’entrée au collège, l’enfant devrait pouvoir : mobiliser ses connaissances pour parler de façon sensible d’oeuvres d’art ; utiliser des critères simples pour aborder ces oeuvres ; identifier ces œuvres (titre, nom de l’auteur, époque) et échanger ses impressions ! Bien que ne situant pas d’œuvres précises, les propositions énoncées couvrent les périodes allant de la Préhistoire au XXIème siècle.

[2] Les périodes sont déterminées par année d’études ; des thématiques sont proposées : créations, cultures ; espace, temps ; Etats et pouvoir ; mythes et religions ; techniques, expressions ; ruptures, continuités - v. tabl. p. 9 et 10. A la sortie du collège, l’enfant doit pouvoir : situer des oeuvres dans le temps et dans l’espace ; identifier les formes, techniques, significations et usages de l’œuvre d’art ; discerner entre les critères subjectifs et objectifs de l’analyse ; effectuer des rapprochements entre des oeuvres en fonction des lieu, genre, forme, thème, etc. ; franchir les portes d’un lieu artistique et culturel, s’y repérer et en retirer un acquis personnel ; mettre en oeuvre des projets artistiques, individuels ou collectifs.

[3] Les thématiques sont choisies par les professeurs dans une liste qu’ils peuvent compléter ; quatre champs sont déterminés : 1. anthropologie : réalités, imaginaires ; sacré ; cultures ; corps, expressions. 2. histoire et société : économie ; idéologie ; mémoires, témoignages, engagements ; 3. technique : contraintes, réalisations ; sciences et techniques ; informations, communications. 4. esthétique : artistes, critiques, publics ; goût, esthétiques ; théories et pratiques : v. tabl. p. 14 à 17.

[4] Sont concernées : le français, l’histoire-géographie-éducation civique, les langues vivantes et anciennes, la philosophie, les disciplines scientifiques, économiques, sociales et, techniques et l’éducation physique et sportive.

[5] via la fréquentation des lieux de création, de conservation et de diffusion de l’art et de la culture…

[6] La liste des institutions concernées présentée aux pages 4-5 de l’annexe autorise cette remarque.

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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