L’éducation, c’est l’avenir... en questions. Circ. n° 2013-056, 10 avr. 2013, Campagne ’Pas d’éducation, pas d’avenir !’

Le 18 avril 2013, par Geneviève Koubi,

Une courte note de service n° 2013-056 du 10 avril 2013 confirme la transformation de la "Quinzaine de l’école publique" en une campagne "Pas d’éducation, pas d’avenir !". La désignation "Quinzaine de l’école publique" n’a plus cours depuis 2002. Cette note est ainsi la deuxième à l’afficher directement en objet.

De ce fait, la note de service du 10 avril 2013 s’inscrit dans une stratégie de "rappel", dans la scansion annuelle des actions, des commémorations et des festivités, alors même que, pour 2013, ladite ’campagne’ a commencé dès le mois de mars. La périodicité fait la répétition. Mais, lorsque celle-ci se poursuit jusque dans les formulations, la date devenant le principal élément de repérage, la question même de l’utilité de la note devrait être (ré)évaluée... Est-ce pour cette raison que la qualité de circulaire ne lui est pas attribuée ?

Faudrait-il donc se borner à constater que le ministère ne fait que diffuser l’information sur l’existence de l’action de collecte que suppose cette campagne ? Sans doute. Mais les questions restent ouvertes.

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Le mot ’campagne’ revêt une tonalité active dont ne disposait pas la "quinzaine". En même temps, elle en transforme la finalité.

Pour se saisir de quelques traces historiques, les notes de service sur le thème de la Quinzaine n’offrent que peu de pistes : la mention de l’année 1946. Ainsi, parmi d’autres et comme d’autres, la note n ° 2009-054 du 14 avril 2009 relative à la Quinzaine de l’école publique - qui est de celles qui confirme le changement de dénomination - rappelle que « depuis 1946, le ministère de l’Éducation nationale confie à la Ligue de l’enseignement la conduite de la Quinzaine de l’école publique. » Est passée sous silence tant la densité des luttes sociales que la partition colonialiste du projet.

A l’origine, la "Quinzaine de l’école publique" visait particulièrement les activités périscolaires et extrascolaires réalisées à l’appui des enseignements ; il s’agissait de valoriser les projets éducatifs réalisés dans ce cadre [1]. Pour soutenir les activités sociales et culturelles des associations, telles la Ligue de l’enseignement, qui participaient au système éducatif sans y être formellement insérées [2], les financements publics ne les couvrant pas suffisamment, le principe d’une "collecte" devait être pérennisé.

Jusqu’en 2002, cette Quinzaine s’entendait dans un mouvement général de réflexion sur l’école publique. Elle se conjuguait avec d’autres actions, à l’exemple des "Initiatives citoyennes à l’école pour apprendre à vivre ensemble" en 1998 [3], et suivant des thèmes préétablis : École de l’égalité en 1990 [4] ; Enfants, jeunes : Le temps de vivre, ...vivre le temps en 1997 ; École de la citoyenneté, École de la dignité en 1998 ; École publique, école de la citoyenneté en 1999 ; Ensemble, pour une école de la citoyenneté en 2001.

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La campagne "Pas d’éducation, pas d’avenir !", calibrée sur deux semaines, n’obéit plus aux mêmes dynamiques depuis 2002. En effet, « cette campagne sera dorénavant consacrée à l’éducation à la solidarité pour favoriser la scolarisation des enfants dans le monde. » assène la note du 17 avril 2002.

Dans cette perspective, la campagne se teinte d’un jeu communicationnel qui amoindrit l’intention première du dépassement de la reconnaissance formelle du droit à l’éducation pour tous les enfants pour une concrétisation de ce droit en tous espaces, sur tous terrains.

Le principe d’un enseignement pour une prise de conscience collective de l’inégalité scolaire de par le monde a remplacé cette mise en perspective. Relevant prétendument d’une politique aux accents humanitaires, ce remaniement a permis aux pouvoirs publics de jouer les bienfaiteurs sur la scène diplomatique, en parcellisant les modalités. Ainsi, étaient désignés par avance les États bénéficiaires des sommes collectées. En ont été par exemple l’Afghanistan, le Bénin, le Burkina-Faso, le Maroc.

Pourtant, intégrée aux relations internationales, c’est en suivant une autre logique institutionnelle que la note de service n° 2008-077 du 5 juin 2008 relative à l’éducation au développement et à la solidarité internationale avait rangé la Quinzaine de l’école publique [5] dans un programme plus vaste : Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Elle œuvrait au rapprochement entre les thématiques travaillées à l’ONU et à l’UNESCO et les opérations « de sensibilisation et de solidarité [en soutien aux] projets d’appui à l’éducation dans les pays du Sud et de l’Est ».

Néanmoins, il semble qu’un resserrement a été opéré ces dernières années. Désormais, les actions de collecte qui sont la manifestation principale de la Quinzaine de l’école publique modifiée dans son appellation, se sont vues reliées aux déploiements des agences de la francophonie.

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Dès lors que, la Quinzaine de l’école publique se dote formellement de ce slogan "Pas d’éducation, pas d’avenir !", une explication non en soi de ce dernier mais plutôt de sa disposition aurait pu être utile.

Elle ne sera délivrée dans aucune des notes de service qui ont suivi celle de 2002. Elle n’est pas plus envisagée sur les portails qui ont pu être créés en rapport avec la Quinzaine renommée sous ce slogan exclamatif, à l’exemple de celui de l’organisation éponyme (Pas d’éducation-pas d’avenir) qui est d’ailleurs présenté comme le site ’officiel’ de la campagne.

Sur le site du ministère de l’éducation nationale, un simple encart dans l’agenda cite, certes, la Campagne "Pas d’éducation, pas d’avenir !" (sous-titré "citoyenneté et solidarité"), mais l’accent est à peine mis sur la solidarité internationale et s’attache surtout à faire état des partenariats : « La campagne "Pas d’éducation, pas d’avenir !" consiste en une mobilisation des élèves pour le droit à l’éducation dans le monde. Elle est organisée par la Ligue de l’enseignement et Solidarité laïque en partenariat avec Milan Presse, l’Agence française de développement ainsi que la Ligue Internationale de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Culture Populaire (LIEECP). »

Les enjeux de la campagne "Pas d’éducation, pas d’avenir !" ne sont pas plus précisés dans les notes de service qui se sont succédées depuis 2002. Ils ne le sont pas plus dans la note n° 2013-056 du 10 avril 2013.

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Comme l’objectif principal, du moins tel qu’il est constaté, de cette Quinzaine est formé d’une collecte, la question de l’usage des sommes recueillies est résolue par leur transfert aux pays dans le besoin ... éducatif.

La fonction de collecte de la campagne ne peut être maquillée ; en sont une illustration les formules d’entrée de la note du 19 avril 2001 pour la Quinzaine de l’école publique en 2001 : « Le calendrier des appels à la générosité publique pour 2001 fixe du lundi 2 mai au dimanche 13 mai 2001 la quinzaine de l’école publique, organisée par la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente : une collecte sur la voie publique aura lieu le dimanche 13 mai 2001 ». La même orientation se retrouve par la suite, comme la note de service n° 2010-050 du 8 avril 2010 l’annonce : « La campagne de la Quinzaine de l’école publique, organisée depuis 1946 par la Ligue de l’enseignement avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale, se déroulera du lundi 3 mai au dimanche 16 mai 2010, avec une collecte autorisée sur la voie publique le dimanche 16 mai 2010. »

Quant aux prolongements, l’exemple de la note de service n° 2009-054 du 14 avril 2009 est tout aussi parlant : « tous les pays francophones seront prioritairement destinataires des fonds collectés ». La note de service du 8 avril 2010 comme la note de service n° 2011-057 du 30 mars 2011 ajoutaient à ces assertions que la collecte « permet de financer des projets en faveur de la défense et de la promotion du droit à l’éducation pour tous et toutes à travers le monde, avec une priorité pour les pays francophones ». Ce sont les mêmes termes qu’utilise la note de service n° 2013-056 du 10 avril 2013.

Si la note de service de 2009 n’osait pas clairement signaler que c’était bel et bien la collecte qui justifiait le maintien de l’institution de ces journées, elle ne l’éludait pas totalement ; elle se référait d’ailleurs aux règles de l’appel à la générosité publique et, exigeait de ce fait que celle-ci se déroulât "dans plus grande clarté". Ne faudrait-il pas alors s’interroger sur la participation directe d’un service public aux mécanismes d’un appel à la ’générosité publique’ ?

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Pour ne pas perdre de vue l’activité pédagogique, la note de service du 10 avril 2013 explicite le lien entre l’école et la collecte et propose, comme le faisaient les notes de service précédentes, que ces semaines soient une « occasion pour les élèves de prendre conscience des inégalités d’accès à l’éducation dans le monde et de s’associer à une action de solidarité ». Elle recommande aux professeurs, de l’école au lycée, « d’utiliser les outils pédagogiques développés par la Ligue de l’enseignement qui sont consultables sur son site internet http://www.pasdeducationpasdavenir.org/ ou sur le site de Solidarité Laïque http://www.solidarite-laique.asso.fr/. »

C’est à ce niveau que se situe la différence entre la note de service d’avril 2013 et les précédentes : la liste des sites à consulter s’est étoffée.

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Notes :

[1] Selon les termes d’une note du 19 avril 2001, BOEN 26 avr. 2001.

[2] Au vu des évolutions que le système scolaire connaît depuis quelques mois, on peut comprendre que la note du 10 avril 2013 ne fasse d’aucune manière référence à ces éléments...

[3] Objet d’une circulaire du 26 mars 1998.

[4] Afin d’enraciner le concept d’égalité des chances qui venait d’être redisposé.

[5] Donc déjà composée autour d’une ’campagne’.

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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