Droit de l’éducation L’éducation artistique et culturelle à l’école "hors temps scolaire" Circ. n° 2008-059, 29 avr. 2008 : Développement de l’éducation artistique et culturelle, BOEN n° 19 du 8 mai 2008

Le 14 mai 2008, par Geneviève Koubi,

La circulaire n° 2008-059 du 29 avril 2008 relative au développement de l’éducation artistique et culturelle dans les enseignements élémentaire et secondaire [1] n’a pas pour destinataires les seules autorités académiques. Elle a aussi été adressée aux préfets de région [2], aux directeurs régionaux des affaires culturelles, aux directeurs régionaux de l’agriculture et de la forêt et aux présidents d’université. Cette prédisposition permet de dissocier les traditionnelles activités d’éveil proposées aux élèves (qui sont en passe de disparaître) des enseignements artistiques et culturels proprement dits.

Mais il existe entre l’éducation aux arts et l’enseignement des arts une distinction que ne souligne pas la circulaire du 29 avril 2008, laquelle, comme d’autres, prend comme point d’appui un discours présidentiel...

Et par la grâce d’un seul discours présidentiel, l’éducation artistique et culturelle se présenterait comme une mission prioritaire de nature interministérielle – réunissant le ministre de l’éducation nationale, le ministre de la culture, le ministre de l’enseignement supérieur, le ministre de l’agriculture. Une telle mission ne peut pourtant se réaliser qu’avec la collaboration des collectivités territoriales ; sont concernées les autorités communales, départementales et régionales [3].

Cette mission qui implique les établissements scolaires, les établissements d’enseignement artistique, les institutions culturelles et les associations, « doit permettre l’éveil des talents particuliers et conduire les élèves qui le souhaitent vers des pratiques artistiques d’excellence ».

L’objectif ainsi déterminé est singulièrement étroit et limité... Il justifie le déroulé d’un programme d’enseignement qui, loin de laisser librement la créativité de chaque élève s’exprimer, loin de permettre à son imaginaire de composer avec sa propre sensibilité, ne se joue plus dans les « activités d’éveil » mais se pare d’un savoir codifié dont le but est, par exemple pour ce qui concerne les enseignements en Histoire des arts, de « faire émerger une culture commune ». En cette matière [4], l’un des enjeux est de donner à l’élève des « repères historiques et méthodologiques indispensables à la compréhension des œuvres » – ce qui justifie les remarques relatives à l’évaluation des connaissances et des compétences acquises par celui-ci pour l’obtention du diplôme national du brevet.

Cependant, « les élèves pourront également valoriser une pratique artistique personnelle, développée dans ou en dehors de l’école ». Alors même que « l’initiation à de véritables pratiques artistiques doit être recherchée dans toutes les écoles et tous les établissements scolaires », il ne s’agit plus de permettre librement aux élèves de s’essayer aux entrechats, de manier le pinceau, de pincer la corde ou d’user du rifloir, etc., durant le temps scolaire. L’école n’est plus le lieu adéquat pour ce qui constituait traditionnellement les « activités d’éveil ».

La circulaire interministérielle du 29 avril 2008 dessine, « en complément des enseignements artistiques inscrits dans le temps scolaire », trois axes de développement des pratiques artistiques :

1. L’accompagnement éducatif [5] ;

2. L’augmentation du nombre de classes à horaires aménagés [6] ;

3. L’accroissement de l’offre hors de l’école. En fait, il s’agit surtout de faire sortir l’enseignement artistique et culturel du temps scolaire. Sont ainsi mises à contribution les écoles territoriales de musique, de danse et de théâtre [7] et les “ateliers beaux-arts”. Les activités proposées aux élèves hors temps scolaire par les particuliers ou les associations pourraient alors être rémunérées suivant les dispositifs « des services à la personne » [8]. Ceci vaudrait pour les cours de pratique artistique à domicile ou dans un cadre associatif fixe – et sont cités les avantages qui s’y attachent : crédit d’impôt, exonération de certaines charges sociales, paiement par chèque emploi service universel….

Sans aucun doute, « l’éducation artistique et culturelle doit privilégier le contact avec les œuvres, les artistes et les institutions culturelles ». Toutefois, cette perspective permet aux ministres de concevoir la généralisation de l’éducation artistique et culturelle dans le cadre de partenariats entre école, collège et lycée et institutions culturelles [9], en fonction, « si possible, d’un projet de territoire » [10], afin de limiter la tentation des partenariats avec des institutions de rayonnement national.

Suivant ce raisonnement, les dispositifs spécifiques existants (ateliers artistiques, ateliers scientifiques et techniques, pratique vocale, chorale et instrumentale, classes à projet artistique et culturel, travaux personnels encadrés, etc.) sont répertoriés attentivement, chacune des mentions qui y sont relatives dans le tableau présenté à l’annexe 2 de la circulaire du 29 avril 2008 fait état de leurs sources juridiques ou administratives (décret, arrêté ou circulaire) – ceci n’empêcherait pas l’instauration de ‘dispositifs innovants’. Les artistes seront aussi appelés à participer à ces actions de développement de l’enseignement artistique ; à ce propos, il est demandé aux différentes autorités régionales impliquées dans le programme de faire en sorte que « les artistes accueillis en résidence et bénéficiant d’une subvention d’État dans [leur] région consacrent au moins un tiers de leur temps à des interventions et ateliers en milieu scolaire » !! [11]

Bien évidemment, « une évolution des concours de recrutement et de la formation initiale des enseignants accompagnera l’évolution des programmes », il en sera de même pour la formation continue. Par ailleurs, « un grand portail interministériel de l’éducation artistique et culturelle sera créé pour offrir à la communauté scolaire les ressources numériques produites par les institutions culturelles et par l’éducation nationale »…

Mais tout ceci ne se comprend que dans le cadre « d’une convention triennale [relative au développement de l’éducation artistique et culturelle], associant tous les services de l’État concernés et les collectivités locales, qui explicitera, concrètement, les modalités de mise en œuvre ». Le cahier des charges de ces conventions fait l’objet de l’annexe 3 de la circulaire du 29 avril 2008.

Comme souvent en la matière, le suivi de textes existants n’étant plus assuré et la recherche des précédents n’étant pas toujours effectuée, résonne l’écho d’une autre circulaire prise à la veille des changements d’équipe gouvernementale. Les mots changent, les objectifs ne diffèrent que peu, l’innovation supposée est de faible intensité. La circulaire n° 2007-086 du 10 avril 2007 relative aux Chartes de développement des pratiques artistiques et culturelles s’appuyant sur les dispositifs concernant le patrimoine et la pratique vocale et chorale n’avait-elle pas voulu les étendre à d’autres domaines artistiques comme le théâtre, la danse, ou le cinéma, « par la mutualisation des apports issus des différents partenaires » [12] ?

Notes :

[1] BOEN n° 19 du 8 mai 2008. V aussi, le rectificatif à propos de la date de mise en oeuvre de l’épreuve obligatoire de vérification des compétences acquises en la matière, au BOEN du 31 juillet 2008.

[2] Et non aux préfets de département.

[3] L’accent plus particulèrement mis sur le cadre régional renvoie à la déconcentration culturelle de l’Etat.

[4] Dont les objectifs sont définis par académie et ont été transmis aux recteurs – ils ne sont pas publiés au BOEN.

[5] « Au même titre que l’aide aux devoirs et aux leçons et que la pratique sportive, la pratique artistique et culturelle sera proposée dans tous les établissements ».

[6] Or, même si « les classes à horaires aménagés ne doivent pas conduire à une spécialisation ou à une professionnalisation », elles supposent une sélection préalable des élèves : « Les élèves devront être choisis sur des critères de motivation et non pas en fonction d’un niveau de pratique artistique requis ». V. Circ. n°2007-020 du 18 janvier 2007 - Enseignements artistiques : Classes à horaires aménagés danse dans les écoles élémentaires et les collèges ; circ. n° 2002-165 du 2 août 2002 - Enseignements artistiques : Classes à horaires aménagés musicales dans les écoles élémentaires et les collèges.

[7] En rapport avec les dispositions de la loi du 13 août 2004 sur les libertés et les responsabilités locales.

[8] Exposés dans la loi du 26 juillet 2005 sur les services à la personne.

[9] DRAC, par exemple. Il est encore précisé que « cette mission sera intégrée dans les contrats de performance de tous les établissements publics du ministère de la culture et de la communication ».

[10] Cette notion reste à définir...

[11] Le sens même des politiques résidentielles proposées aux artistes en serait considérablement modifié.

[12] V. aussi, Circ. n° 2007-022 du 22 janvier 2007 : Les dimensions artistique et culturelle des projets d’école et d’établissement.

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Pr. Geneviève Koubi

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