Les chorales plus que le chant choral à l’école Circ. n° 2016-201 du 13 déc. 2016, chorales scolaires

Le 22 décembre 2016, par Geneviève Koubi,

La longue circulaire n° 2016-201 du 13 décembre 2016 relative aux chorales scolaires dans les écoles, collèges et lycées [1], voudrait inscrire le chant choral dans le cadre du le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, des nouveaux programmes de cycle, des nouvelles modalités d’évaluation des élèves ou encore de l’organisation en parcours des projets successifs d’éducation artistique et culturelle.

Elle introduit cette problématique par une phrase explicite : « Par le rôle original qu’elles jouent pour l’atteinte des objectifs fixés au système éducatif, les chorales scolaires s’inscrivent pleinement dans le cadre de la loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République » [2]

Certes, une explicitation quant à ce « rôle original » pourrait faire l’objet de remarques distinctives. Il semble que, pour le ministère, il serait repéré à travers « les vertus éducatives particulières » de la chorale et du fait que la chorale se comprendrait comme « un élément de l’identité scolaire » [3]. L’enseignement qui s’ensuit devrait alors reposer sur quelques principes dits « fondateurs ». Or ces principes ne font que retracer la manière selon laquelle cet enseignement intégrerait les programmes scolaires.

Dans le premier degré, le chant choral « s’inscrit principalement dans les horaires d’éducation musicale [4] ». Ainsi, à l’école élémentaire, « la mise en place d’une chorale est un prolongement pertinent de la pratique du chant en classe » [5]. Dans le second degré, la chorale est un « enseignement facultatif proposé en complément de l’enseignement obligatoire d’éducation musicale [6] ». Néanmoins, comme la circulaire l’indique, « dans la plupart des cas, la seule possibilité offerte reste la pause méridienne. » [7] De plus, « au sein d’une école ou d’un établissement scolaire, collège ou lycée, la chorale accueille tous les élèves qui le souhaitent [8] » - à condition qu’ils soient motivés et s’engagent à y participer sur l’année scolaire. Mais encore, « dans le premier et le second degrés, la chorale poursuit un projet artistique [9] ». L’objectif est d’aboutir au moins à « à une représentation publique chaque année ». La circulaire du 13 décembre 2016 précise aussi que « les répertoires peuvent notamment relever de la création originale, de la chanson traditionnelle ou contemporaine, de la comédie musicale ou encore des musiques patrimoniales ».

Sur le plan des vertus éducatives, la circulaire présente les chorales comme permettant « aux élèves d’enrichir et de structurer leur parcours d’éducation artistique et culturel ainsi que leur parcours citoyen ». Il n’est question d’oreille, de modulation, de mélodie, de chant qu’à la marge [10]. Les points indiqués sont limités et soigneusement formatés autour de la « maîtrise » de la sensibilité et de l’émotion [11]. L’un des enjeux est d’impliquer l’élève dans le « collectif » que constitue toute chorale [12]. Toutefois, à travers ces chorales, le ministre [13], discerne une possibilité « une relation originale à l’espace et au temps (gestion anticipée des événements, réminiscences, mémoire) ».

Peut-être est-ce dans cette perspective que la chorale se trouve signifiée en « élément de l’identité scolaire ». Le projet est de faire de la chorale l’instrument de la visibilité de l’école, du collège, du lycée : « la chorale de l’école, du collège ou du lycée donne toujours à voir et à entendre le fruit de son travail. Ce moment particulier qu’est celui du concert vise à partager avec d’autres le plaisir de la musique, certains l’interprétant, les autres l’écoutant. Les acteurs de ce moment, bien au-delà des choristes, sont potentiellement tous les élèves de l’école ou l’établissement et leurs parents. Dès lors, à l’instar des réussites de certains élèves dans le cadre de compétitions sportives et par son large rayonnement, la réussite d’un concert devient un marqueur de l’identité de l’école ou de l’établissement, renforçant ainsi l’adhésion de tous, élèves choristes et non-choristes, à son action éducative et de formation. » Faut-il penser que toute chorale a pour vocation de devenir spectacle ?

La circulaire du 13 décembre 2016 relative aux chorales scolaires s’attache pourtant à les insérer dans les programmes et parcours, jusqu’à estimer que les participations à un tel projet collectif doivent être mentionnées dans le livret scolaire unique. Elle les intègre aux parcours d’éducation artistique et culturelle afin que les élèves travaillent certaines œuvres, qu’ils rencontrent des musiciens professionnels, qu’ils « découvrent ... des lieux professionnels dédiés au spectacle vivant », qu’ils s’ouvrent à d’autres dimensions artistiques [14], qu’ils s’approprient les répertoires - sans oublier « la maîtrise » du lexique [15].

On comprend ainsi pourquoi la circulaire se termine sur un paragraphe concernant les « moyens horaires et indemnitaires dans le second degré ». Tout d’abord est rappelée la circulaire n° 2015-057 du 29 avril 2015sur les missions et obligations réglementaires de service des enseignants des établissements publics d’enseignement du second degré qui mentionne les « heures d’éducation musicale consacrées à la chorale » comme étant « intégrées dans le service d’enseignement des enseignants qui en assurent l’animation. Chaque heure de chorale est ainsi décomptée pour sa durée effective ». Ensuite est aussi citée la circulaire n° 2015-058 du 29 avril 2015 relative aux modalités d’attribution de l’indemnité pour mission particulière qui cite les chorales parmi les missions particulières ouvrant droit à indemnité - « en fonction de la charge de travail effective qu’elles induisent...  » [16]

.

.

Mais que chanter et faire chanter aux élèves ? Des programmes sont proposés sur divers sites... trop souvent des chants traditionnels. Seul le rôle des chorales serait-il donc original ?

Notes :

[1] BOEN 15 déc. 2016.

[2] En conséquence, cette circulaire abroge la circulaire précédente n° 2011-155 du 21 septembre 2011 relative au chant choral à l’école, au collège et au lycée. On remarquera toutefois que les intitulés diffèrent : du chant choral aux chorales... Ceci explique le titre donné à cet article.

[3] Une façon de mettre encore la notion d’identité à la sauce organisationnelle ?

[4] En caractère gras dans le texte.

[5] Ce qui n’empêche pas que la pratique du chant choral puisse aussi relever d’une activité périscolaire…

[6] En caractère gras dans le texte.

[7] Renvoi est fait à l’article R. 421-2-2 du code de l’éducation : « Dans les collèges, la pause méridienne des élèves ne peut être inférieure à une heure trente et, pour les élèves de sixième, la durée des enseignements qui leur sont dispensés ne peut dépasser six heures par jour, sauf dérogation accordée par le recteur d’académie ou par le directeur régional de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt pour l’enseignement agricole, en cas de contraintes spécifiques. »

[8] Cette proposition est en caractère gras dans le texte.

[9] En caractère gras dans le texte.

[10] Circ. n° 2016-201 du 13 décembre 2016 : « - en développant le travail de la respiration et, plus généralement, celui du geste vocal ».

[11] Circ. n° 2016-201 du 13 décembre 2016 : « - en mobilisant leur sensibilité au service d’une production musicale maîtrisée  ; - en apportant l’expérience de l’émotion et de sa maîtrise, (...) - en développant une relation singulière à la musique permettant de l’interpréter avec la maîtrise technique requise  ».

[12] Circ. n° 2016-201 du 13 décembre 2016 : « - en développant l’esprit d’équipe et de collaboration  ; - en partageant la responsabilité d’une présentation publique du travail collectif effectué ».

[13] Notant que la circulaire est signée par le directeur général de l’enseignement scolaire.

[14] Telles : « mise en espace voire chorégraphie, mise en lumière et décors ».

[15] Ce terme de "maîtrise" est ainsi répété en tous domaines.

[16] S’agit-il encore de travailler plus ?

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

Dans la même rubrique

A la recherche des « droits culturels » (I)
Des droits culturels ? Des droits de l’homme ! (II)
Droits culturels entre droits de l’homme et droits des peuples (III)
Le terme de l’enrichissement de la langue française...
Droits culturels ? Impasses. (IV)
Droit de l’éducation Art de l’enseignement des arts
Détour vers la Révolution citoyenne en Equateur
Le multilinguisme européen à l’épreuve de la traduction
A l’an neuf, 50 ans après la Révolution cubaine
Droits culturels et droit des minorités
Bolivie : La Constitution d’un Etat unitaire plurinational
Langue française : des "mots pour demain" ?
La suppression des "structures publiques inutiles"...
Uniformes pour un "garde-à-vous" !
Droit de la fonction publique Dates des célébrations religieuses pour ’autorisation d’absence’ en 2010
Droit de l’éducation Parcours culturel au lycée
Dilution de l’édition publique
Kenya : Promulgation de la Constitution au 27 août 2010
Droit de l’éducation Lycée et cinéma : la forme plate du "ciné-lycée"
Droit de l’éducation Une priorité nationale : « savoir nager ! »
Externalisation de la conservation des archives
Apprendre à nager, savoir nager... à l’école.
« Bien manger dans ma petite cantine... »
Le fleurissement des écoles...
Colloque : "Plagiat de la recherche", Paris II-CERSA, 20 et 21 oct. 2011.
Vous pensiez ? et bien, « chantez maintenant ! »
En mars 2012, la Semaine de la presse et des médias dans l’école.
Journée d’étude, 18 novembre 2011, Nanterre : « Services publics en Russie. Comparaisons »
Droit des étrangers : dématérialisation des dossiers et versement aux archives
Le FLI® en référentiel peu accessible...
Privilégier "Madame" et "Nom d’usage" ...
- Aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine (AVAP)
Affiche d’Art-image du fumeur...
La lecture numérique au fil du logiciel imposé...
Communicabilité des registres ou fiches d’écrou et fiches pénales...
L’accès à l’enseignement supérieur au Brésil : "Lei de Cotas Sociais"
Droit d’auteur et oeuvre d’art en termes de "restauration".
Lustre des Illustres dans des maisons.
- Epilogue d’une histoire de restitution "enTÊTanTE"...
En hommage à Aimé Césaire, une résolution ... officielle.
Les services dits de ˮcoffre-fort numérique ou électroniqueˮ devant la CNIL
Des vocables inchangés entre CIMAP et RGPP
Le programme parlementaire ’avant’ les opérations électorales de mars 2014
Une ordonnance pour une réforme du droit des contrats ?!!
Un label de redressement productif associant éducation et marché...
- Questions en surplomb du fichier des interdits de gérer
« Tu ne dé-jeûneras point ! ». Quelques propos relatifs à la Constitution tunisienne et à la répression des jeûneurs.
Le lettré et Le bureaucrate ou l’Administration en flagrant délire
Repères aux JO du 1er au 15 août 2016
Capture de textes au Journal officiel pour une fin de semaine avant la rentrée…
Un service public de la donnée ... publique ?
Ecole : Journée anniversaire.... d’une séparation entre Eglises et Etat
Les chorales plus que le chant choral à l’école
Justice : Lieu des faits, critère prioritaire pour la compétence des ressorts

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
22 décembre 2016
Statistiques de l'article :
12 visiteurs aujourd'hui
9421 visiteurs cumulés

Votre recherche

RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 4305 (3489948)