Pôle universitaire de proximité : Séparer l’enseignement supérieur de la recherche !? Appel contre un grand emprunt destructeur du service public de l’enseignement et de la recherche

Le 13 décembre 2010, par Geneviève Koubi,

Une Assemblée générale des personnels de la recherche et de l’enseignement supérieur se tiendra demain, mardi 14 décembre 2010, à 10h30 à l’Auditorium du CNRS à Paris pour un appel à la résistance face aux préconçus d’un Grand Emprunt qui atteignent de plein fouet les dynamiques intrinsèques de la recherche publique et des laboratoires associant les universités et le CNRS.

Réunissant tous les syndicats concernés (FSU (SNESUP, SNCS, SNASUB, SNETAP) – CGT (SNTRS, FERC’SUP, CGT INRA, CGT IFREMER) – UNSA (Sup’Recherche, SNPTES) – SGEN-CFDT Recherche EPST – Solidaires (Sud Recherche EPST, SUD Education, Sud Etudiant) – UNEF – SLU - SLR), cet appel à la résistance vise les investissements d’avenir pour l’enseignement supérieur et la recherche définis par le gouvernement. Ces investissements se calquent encore une fois sur les gammes d’une fausse idée d’excellence en tant qu’elle trahit la qualité du service public de la recherche et pourrit les relations entre universités et organismes de recherche.

Le système mis en place s’arrête à des appels à projets ciblés, pointant « en particulier les équipements d’excellence » et confortant, dixit le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, « la dynamique des laboratoires d’excellence, des instituts de recherche technologique, des instituts hospitalo-universitaires et des sociétés d’accélération du transfert de technologies ». Or, cette prétendue dynamique a précisément pour objet de déclasser la recherche publique. En effet, « les appels d’offre se succèdent à un rythme effréné, incompatible avec une démarche scientifique sérieuse ». L’enjeu gouvernemental perceptible à travers ce Grand Emprunt est ainsi de conduire à un démantèlement des équipes existantes en mettant en exergue leurs "productions" rentables et utiles pour les entreprises privées [1]. Il ne s’agit plus de mettre en valeur les résultats des recherches effectuées ; en comprimant les activités sur un calendrier serré, il s’agit surtout de susciter l’organisation et la réalisation de recherches ’au service d’une politique’ prédéterminée. L’objectif du gouvernement est ainsi de « concentrer les moyens de la recherche sur 5 à 10 sites universitaires à visibilité internationale » et de laisser les autres sombrer dans l’indigence et la misère... — à charge alors pour les universités de gérer les formations qui s’y greffent avec mépris et dédain au vu de la faiblesse de leurs apports à leur renom ?

Car, en parallèle, le gouvernement envisage d’institutionnaliser les Pôles Universitaires de Proximité déjà constitués dans certaines universités. L’intention ministérielle quant à ces pôles ne fait guère de doute, le principe retenu est « la mise en place d’un premier cycle universitaire fondamental qui réunirait les classes préparatoires, les classes de BTS, les IUT, les licences, jusqu’à la licence professionnelle, et aurait vocation à dynamiser l’enseignement supérieur dans les villes moyennes » [2]. En fait, dans la géographie administrative de l’Etat, la carte universitaire doit être remaniée de la même manière que le furent la carte judiciaire, la carte hospitalière, la carte sanitaire, la carte militaire... Les villes moyennes sont les premières atteintes puisque la fonction des antennes universitaires dont elles bénéficiaient et dont elles avaient pu évaluer la fragilité [3], se rétrécit définitivement autour d’une formation de premier cycle. Ces villes ne seront sans doute qu’un laboratoire pour une expérimentation ... à généraliser par la suite dans les grandes villes, notamment celles où les universités n’auront pas procédé d’elles-mêmes à la fusion [4]. Ces pôles supposent donc que les universités se déclassent elles-mêmes.

En effet, un pôle universitaire de proximité est déparé de toute activité de recherche. Limité à la seule professionnalisation, il exclut toute formation au-delà du niveau de la licence [5]. De plus, dans un pôle universitaire de proximité, les formations, pensées gratuites, sont généralement réalisées par des professionnels, ce qui permettrait au gouvernement de faire l’économie de recrutements adaptés. Séparer la recherche de l’enseignement était un des objectifs des politiques ministérielles. La recomposition des universités en entreprises gestionnaires de personnels et de locaux préfigurait cette évolution. La structuration des études universitaires en LMD (licence, master, doctorat) dessinait les étapes de cette scission entre enseignement et recherche. Elle laissait envisager la création de "lycées d’enseignement supérieur" dans lesquels la liberté de la recherche et l’indépendance des enseignants-chercheurs ne trouveraient plus à s’exprimer [6].

Sans doute, à terme, pour parfaire cette logique, seront déterminés des "programmes d’enseignement" qui, accompagnés de formulaires de bilans de compétence, interdiraient toute ouverture sur la réflexion et la critique. L’enseignement se réduirait donc à un apprentissage des savoirs reconstitués par l’Etat afin de lui offrir un corps de citoyens dociles et obéissants, pour ne pas dire serviles et complaisants...

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Pour les universités, les perspectives d’avenir empruntent des voies en forme d’impasses....

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Notes :

[1] Notant que le vocable déjà malvenu de ’publiant’ se transforme en un terme mercantilisant de ’produisant’, ce qui retrace clairement les perceptions de la recherche par le gouvernement.

[2] V. sur Histoire d’universités, « Pôles universitaires de proximité.

[3] V. Gk, « Une "carte universitaire" : fin des antennes délocalisées ? ».

[4] De leur personnels, de leurs locaux, de leurs potentiels de recherche, etc.

[5] V. par ex. le PUP de Lyon 3 qui s’est doté d’un blog : PUP, sur lequel il se présente comme une structure légère destinée à « faciliter l’accès à l’enseignement supérieur et à remotiver les apprenants à poursuivre des études en leur offrant outils et méthodes, clés d’une approche constructive des études post-bac ».

[6] Sans parler des étudiants...

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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