En mars 2012, la Semaine de la presse et des médias dans l’école. Circ. n° 2011-177, 17 oct. 2011, 23e Semaine de la presse et des médias dans l’école®

Le 22 octobre 2011, par Geneviève Koubi,

Tout se prépare à l’avance à l’école alors même que les moyens qui seront alloués aux établissements scolaires ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. Dès maintenant, par une circulaire n° 2011-177 du 17 octobre 2011, il s’agit de se lancer dans la préparation , en termes d’organisation, de la "23ème Semaine de la presse et des médias dans l’école®" [1].

Cette 23ème Semaine de la presse et des médias dans l’école est prévue du lundi 19 au samedi 24 mars 2012 en France métropolitaine [2]. Cette Semaine s’entend alors, au vu des dates proposées en pleine campagne électorale.

Selon la circulaire du 17 octobre 2011, ladite semaine « a pour but de favoriser la rencontre entre le monde éducatif et les professionnels des médias et de développer chez les élèves une attitude critique et réfléchie vis-à-vis de l’information ». L’apprentissage à la réflexion et à la critique ne se comprend pourtant que s’il existe un véritable éventail de canaux d’information, ce qui exprimerait une reconnaissance effective du pluralisme des courants d’expression.

Constater que cette proposition relative au pluralisme est plus particulièrement exposée dans la circulaire à propos des établissements français à l’étranger — : « Tous les établissements dépendant de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et de la Mission laïque française (MLF) reçoivent,(...), une quarantaine de titres reflétant le pluralisme et la diversité de la presse française. » — n’apporte que peu d’enseignements. Les recommandations adressées aux enseignants révèlent néanmoins quelque peu cette préoccupation dans tous les établissements, en France métropolitaine, outre-mer ou à l’étranger puisqu’il leur est demandé d’opérer leur choix parmi les titres de presse en tenant compte du projet pédagogique établi et, surtout, "en respectant le pluralisme des opinions" - des élèves sans doute [3]...

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La circulaire du 17 octobre 2011 rappelle que « l’éducation aux médias est une composante du socle commun de connaissances et de compétences que tout élève doit maîtriser en fin de scolarité obligatoire » [4]. Il s’agit des connaissances et compétences sociales et civiques, l’élève devant « être éduqué aux médias et avoir conscience de leur place et de leur influence dans la société ». En effaçant, de cette présentation, le mot "presse" et en retenant principalement le mot "médias", la circulaire modifie l’enjeu premier de l’éveil à la critique envisagé dans le socle commun [5] et referme l’éducation aux médias sur les seuls aspects culturels alors même qu’il s’agirait de préparer « les lycéens à exercer leurs responsabilités de citoyen » [6].

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La 23ème Semaine de la presse et des médias dans l’école « repose sur trois principes majeurs : le partenariat, le volontariat et la gratuité. » Ces trois principes ne sont en fait que des axes d’organisation [7] ; ils sont exposés dans la circulaire comme s’il s’agissait de veiller attentivement au respect de ce resserrement d’un programme éducatif sur des thèmes techniques, donc en évitant toute propension au raisonnement critique.

La Semaine de la presse et des médias dans l’école est, dans chaque académie, « placée sous la responsabilité du recteur qui en préside la cellule de coordination. » En relève donc le suivi pédagogique.

Sont ’partenaires’ des institutions publiques et organismes privés : le ministère de l’éducation nationale, les médias d’information et La Poste. Il est ainsi précisé que « les éditeurs de presse garantissent le nombre et la date de parution des quotidiens et des magazines (mis "gratuitement") à la disposition des établissements ; le groupe La Poste et sa filiale STP (Société de traitement de presse) assurent l’acheminement des exemplaires de journaux et de magazines (financé pour une part par les éditeurs). » [8] Si tous participent, « chacun des participants, enseignants, élèves, éditeurs de presse et professionnels des médias, décide de son degré d’implication dans l’opération. »

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La 21ème Semaine de la presse et des médias à l’école se tenait du lundi 23 au samedi 28 mars 2009 , le thème retenu était le même que celui imposé pour la 20ème : « Une info, des médias ». La 22ème avait au lieu du lundi 22 au samedi 27 mars 2010 ; elle avait pour thème : « Qui fait l’info ? » [9].

Durant cette semaine particulière de mars 2012, le thème à travailler sera : « Des images pour informer ». La mise en perspective de l’image est sans doute un des meilleurs moyens pour retenir l’attention des élèves ; pourtant, en de nombreuses publications scientifiques, n’a-t-il pas été souligné que l’image seule n’est porteuse que d’une information tronquée ? La question n’a pas lieu d’être soulevée. Les contradictions internes à la circulaire rendent compte de la difficulté que ressentent les institutions publiques (scolaires) devant les spécificités de "l’image d’actualité" : « Qu’elles soient fixes ou animées, à la télévision, sur les sites, dans la presse ou même à la radio ( ?), les images construisent l’actualité. » Afin de contourner le risque d’une politisation des débats, et peut-être aussi, afin d’éviter la survalorisation des ’faits divers’, le travail sur l’image informatrice doit être encadré. Il est ainsi indiqué qu’« un DVD "Éduquer aux médias avec TV5 Monde et l’AEFE" sera envoyé à tous les inscrits à la Semaine. Il comportera entre autres tous les JT du vendredi 13 mai 2011 de TV5 Monde et de ses chaînes partenaires. Des fiches pédagogiques permettront d’exploiter les vidéos. » [10]

Mais, les élèves, à l’école comme au lycée, ont-ils vraiment besoin de cet enseignement pour « façonner leurs images, originales et révélatrices de leur rapport au monde » ? Le projet serait-il alors de brider leur propre imagination pour la conformer aux visions préfigurées par les instances d’autorité ?

Car, plus que travailler sur les images qui informent, il s’agit de montrer les images du travail d’information. Le renversement de la perspective est patent. En effet, au collège, cette semaine s’entend comme relevant du « parcours de découverte des métiers et des formations dès la classe de cinquième » [11]. Plus qu’une attention à apporter aux images prétendument informatives, les enseignants seront amenés à « faire découvrir à leurs élèves la vie des entreprises par la lecture de la presse et éventuellement des visites en entreprises ». Et, au lycée, la semaine de la presse et des médias dans l’école relève des « enseignements d’exploration de la classe de seconde » [12]. Dans ces cadres, l’éducation à la critique et à la réflexion ne détient pas de contenu... sinon celui des conditions de travail dans les entreprises de presse ou médias... [13]

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Ne pouvaient être passés sous silence, les journaux scolaires et lycéens. La circulaire du 17 octobre 2011 admet ainsi que « les élèves qui produisent un journal scolaire peuvent l’inscrire en tant que média à la Semaine de la presse et des médias dans l’école ». Ce modèle s’inscrit encore dans la dynamique de « l’essor de la vie culturelle au lycée » [14]. Pour bien enfoncer le clou et éviter les débordements dans un espace politique, comme d’un moyen de donner une coloration stricte au principe de neutralité alors que les discours pour une élection présidentielle seront légion en cette période, cette initiative « s’appuie (donc) sur l’action du référent culture, enseignant volontaire dont la mission principale est de mener à bien le volet culturel du projet d’établissement. »

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La culture ne serait-elle pas politique ?

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Rendez-vous en mars 2012 !

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 [15]

Notes :

[1] Notant que les circulaires relatives à cette "Semaine" sont toutes construites ou presque sur le même modèle rédactionnel et sont généralement produites à la mi-octobre (ex. circulaire n° 2009-145 du 14 octobre 2009 annonçant la 22ème Semaine). NB : Cette circulaire du 17 octobre répond aussi, pour une part, au modèle des "nuances circulaires", le texte impliquant une intertextualité constante, en jouant de références à d’autres circulaires.

[2] Outre-mer, les dates dépendront de consignes locales.

[3] ... ce qui invite à prendre en considération la pluralité des titres et la diversité des pensées.

[4] Sont cités à ce propos l’article D. 122-1 du code de l’éducation (et son annexe) et l’article D. 314-99 et suivants du code de l’éducation.

[5] Par ailleurs, ô combien critiquable !

[6] Par renvoi à la circulaire n° 2010-012 du 29 janvier 2010 : Favoriser l’accès de tous les lycéens à la culture en invitant à se connecter sur le site www.clemi.org - Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information - (V. aussi, Gk, « Parcours culturel au lycée »).

[7] Le qualificatif "majeur" pourrait être relevé comme signifiant une surveillance et un contrôle à organiser de manière stricte...

[8] Les mentions entre parenthèses sont des ajouts opérés par Gk.

[9] S’intéressant alors aux questions liées aux sources de l’information, au statut et à la déontologie des journalistes, à la différence entre communication et information, v. communiqué du 12 novembre 2010 du Clemi.

[10] Que s’est-il donc passé ce jour là ? Quelles étaient les lignes de force de l’actualité du 13 mai 2011 ? J’avoue ne pas l’avoir noté.

[11] En regard : circ. n° 2008-092 du 11 juillet 2008.

[12] En se référant aux arrêtés du 8 avril 2010, BOEN sp. n° 4, 29 avr. 2010.

[13] Étant ajouté que « dans la mesure où les sites internet participent à cette Semaine, il appartient au responsable pédagogique de faire preuve de la plus grande vigilance à l’égard des sites qui risquent de présenter des informations orientées, des images choquantes ou des opinions réprouvées par la loi. »

[14] Renvoi est fait à la circulaire n° 2010-012 du 29 janvier 2010, Favoriser l’accès de tous les lycéens à la culture, BOEN sp. n° 1, 4 févr. 2010 (précitée).

[15] Par la suite, la circulaire du 17 octobre 2011 présente le "calendrier" (inscription, choix des titres, envoi des dossiers, etc.), les coordonnées des partenaires, les ressources (énumérées en annexe à la circulaire) pédagogiques composé de "fiches", les rencontres à organiser, les ateliers envisagés...

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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