
Le 13 mars 2008, par Geneviève Koubi,
Les liens potentiels, parfois conflictuels – mais le plus souvent apaisés –, entre Droit et Opéra et entre Opéra et Droit sont variés, bigarrés, changeants, chantants…
Qu’il s’agisse de la question formelle de l’Opéra en tant qu’institution (de nature publique ou privée), de son histoire comme de sa participation à l’Histoire, qui témoigne alors de ce que peut représenter « l’intérêt général » aux yeux des gouvernants pour une (re)conceptualisation de la notion de service public – notamment après les Révolutions, dont la Commune de Paris en 1871 est une illustration ; qu’il s’agisse de la question corollaire du « mécénat culturel », de ses formes, de ses méthodes, de son éventuel encadrement ou encore de son officialisation libéraliste ; qu’il s’agisse de la liberté ou du droit d’expression à travers l’opéra, portant au travers d’œuvres diversifiées, son appui feutré ou sa critique potentielle du pouvoir comme du Pouvoir ; qu’il s’agisse des mises en scène parfois « théâtrales » de la loi, des principes directeurs du droit, du droit lui-même ou de ses incarnations, de ses représentants ; qu’il s’agisse encore des lectures du politique à travers les mots juridiques curieusement tournés en versification ; qu’il s’agisse de prendre en considération les liens entre service public et culture, entre service public et usagers-spectateurs, de s’intéresser aux rapports entre institution d’un opéra national et actions culturelles des collectivités territoriales ou de reposer la question des droits de la propriété intellectuelle, de la propriété littéraire et artistique ; qu’il s’agisse, enfin, des représentations que les opéras ont pu se faire de la Justice et du droit… les rapports entre Opéra et Droit sont sans aucun doute complexes, variables, disparates.
Ne méritent-ils pas d’être approfondis, d’être étudiés, d’être analysés « tous ensemble » en réunissant connaisseurs et professionnels du Droit et passionnés et professionnels de l’Opéra [1] ?
Il fallait bien deux actes pour un seul colloque dédoublé qui s’annonçait en un jeu de miroirs : Droit & Opéra, Opéra & Droit [2]. Droit & Opéra à Paris, Opéra & Droit à Poitiers. Droit & Opéra au début de l’hiver 2007, Opéra & Droit à l’aube du printemps 2008.
Le 14 mars 2008, à la Faculté de droit et des sciences sociales de l’Université de Poitiers, se jouera donc l’acte II — dont le programme peut être rapidement retrouvé sur le site que Mathieu Touzeil-Divina a consacré à Droit & Opéra.
Cette seconde journée permettra d’exposer plusieurs thématiques.
Le premier temps abordera la question primordiale d’un « droit à l’opéra ». L’examen de cette forme encore incertaine de droit-créance aboutira sur l’analyse de l’Opéra en tant que service public, avec ses « lois » qui permettront de relever l’égalité d’accès, de signaler l’adaptation aux progres techniques de l’acoustique ou de repenser la continuité des représentations en dépit des mouvements de grève qui pourraient les affecter ; et, tout en reposant la question du statut de ses personnels entre stabilité et intermittence, entre mobilité et précarité, il s’agira de situer l’opéra dans son environnement urbain et social.
Après l’évocation de quelques exemples de représentations du droit et du monde juridique dans plusieurs opéras, ce sera le moment d’approfondir la dimension des droits de propriété intellectuelle de l’art lyrique. Ce dernier mouvement qui s’impliquera dans un modèle résolument post-moderne conduira doucement vers la clôture de ces travaux [3].
Et l’opéra sans le droit reprendra ses droits, le temps d’un récital lyrique qui invitera à un « voyage exotique ».
[1] NB : présentation de Mathieu Touzeil-Divina revisitée par Gk
[2] Colloque(s) réalisé(s) en partenariat et avec le soutien : du Ministère de la Culture et de la Communication ; de l’Opéra National de Paris ; des opéras de Tours et de Rouen ; de l’Université de Poitiers (Faculté de droit et des sciences sociales (IDP) et Département de musicologie) ; du CNRS (IRPMF) ; de l’Université de Cergy (CER-FDP) ; de l’Université d’Aix-Marseille III (LIDEMS) ; de l’Université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis ; de la Réunion des opéras de France (ROF) ; & des Talens lyriques et des Soirées lyriques de Sanxay
[3] Les interventions et contributions consacrées à l’étude de ces rapports entre Droit et Opéra, Opéra et Droit feront par la suite l’objet d’une publication universitaire (fin 2008).