Droit de l’éducation Parcours culturel au lycée Circ. n° 2010-012, 29 janv. 2010, Favoriser l’accès de tous les lycéens à la culture

Le 9 février 2010, par Geneviève Koubi,

« Tout lycéen doit pouvoir accéder, en complément des enseignements offerts dans son établissement, à la pratique artistique. »

La circulaire n° 2010-012 du 29 janvier 2010, publiée au n° spécial du BOEN du 4 février 2010 consacré à la réforme du lycée, voudrait contribuer à « Favoriser l’accès de tous les lycéens à la culture » [1]. La conception de la ‘culture’ est centrée sur une des missions assignées au lycée [2], elle est construite en rapport avec l’enseignement d’histoire des arts [3] et autour des pratiques artistiques et des biens culturels [4]. Elle invite à prendre en considération un « parcours culturel » de l’élève défini à partir de projets culturels ‘collectifs’ : « Le parcours culturel repose sur une offre riche et diversifiée assurant une connaissance du patrimoine national et local, ainsi qu’une ouverture sur les autres cultures, y compris dans leur dimension européenne et internationale. Il améliore la connaissance des formations et des métiers culturels, et contribue à l’implication des lycéens dans leurs choix d’orientation. » Une fréquentation accrue des lieux de culture est préconisée [5]. « La culture cinématographique » retient l’attention du ministre de l’éducation nationale : « Afin d’assurer la transmission d’une culture cinématographique commune et de développer l’éducation à l’image, les lycéens pourront accéder aux œuvres majeures du patrimoine cinématographique, dans le cadre de projections organisées au sein des lycées professionnels, généraux et technologiques à compter de la rentrée 2010. » ; mais ces éléments qui sont exposés ne devraient pas conduire à ignorer une priorité spécifique : la culture scientifique et technologique, puisqu’il s’agit de faire comprendre aux lycéens qu’il ne s’agit pas de réveiller leurs inclinaisons à la poésie, aux beaux arts ou au théâtre, mais d’« encourager les vocations scientifiques ».

- La technique éprouvée du « référent » trouve de nouveau à s’appliquer [6]. Un « référent culture » est ainsi désigné ; il est un professeur volontaire qui a pour « mission d’assurer la cohérence, la qualité et le suivi de la mise en œuvre du volet culturel du projet d’établissement » [7] ; il est chargé de l’animation de la vie culturelle du lycée et doit s’appuyer sur l’enseignement de l’histoire des arts [8]. Il est aussi invité à assurer un large accès au patrimoine cinématographique. Des ateliers artistiques, les ateliers scientifiques et techniques, les chorales scolaires, etc. doivent être mis en place [9].

Cette perspective invite à un redéploiement des partenariats afin d’encadrer les sorties culturelles : les liens entre les établissements scolaires et le monde artistique et culturel s’entendent « en collaboration notamment avec les directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et les collectivités territoriales ». Renvoi est donc fait aux collectivités territoriales et institutions locales : « En fonction des ressources et des partenaires locaux, différentes actions peuvent être privilégiées : concerts et spectacles, expositions d’œuvres au sein du lycée (création d’artothèques), espaces culturels, galeries d’art, rencontres d’écrivains, etc. ». Le “référent culture” doit ainsi encourager et faciliter les démarches partenariales mises en place entre le lycée, les institutions culturelles et les collectivités territoriales. De plus, dans chaque académie, le « parrainage d’un artiste de renom particulièrement engagé dans l’éducation artistique et culturelle » est recommandé. Cependant, pour un développement de la culture scientifique, « des partenariats avec les établissements de culture scientifique et technique, en lien avec les délégations régionales à la recherche et à la technologie (DRRT) et les centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) » doivent être institués. La notion de culture se recentre sur l’acquisition de savoirs… et l’enseignement qui y est associé entre dans le cadre des « bilans de compétences ».

Ces actions s’entendent dans le cadre du « volet culturel du projet d’établissement » élaboré dans le cadre d’un partenariat étroit avec les institutions culturelles régionales et en lien avec les collectivités territoriales [10]. L’adjectif ‘étroit’ dénote d’une constance idéologique : l’encadrement des savoirs et le contrôle des connaissances en sont les principaux axes. Ce volet culturel « - intègre l’organisation de l’enseignement d’histoire des arts ; - dresse un état des lieux qui se fonde sur le contexte artistique et culturel singulier de chaque établissement (population scolaire, ressources culturelles locales, actions déjà mises en place, etc.) ; - fixe les enjeux de l’éducation artistique et culturelle pour les élèves, détermine les objectifs à atteindre ainsi qu’un calendrier en cohérence avec l’ensemble du projet d’établissement et/ou le contrat d’objectifs ; - définit les moyens nécessaires pour mener les actions et projets artistiques et culturels. »

- L’« éducation aux médias » complète alors le tableau : « Les moyens d’information et de communication enrichissent le parcours culturel des élèves et facilitent l’accès à la culture sous tous ses aspects : littéraire, historique, artistique, scientifique, mais aussi politique, économique, sociologique, etc. » L’accès aux lieux culturels pourra ainsi se réaliser en toute virtualité. Cependant, la question de la culture, comprise comme ensemble de biens culturels, n’y est pas centrale. S’il est demandé aux enseignants de toutes disciplines d’exploiter les différents médias (journaux, magazines, radios, télévisions, etc.), il est recommandé d’encourager les élèves à s’exprimer en divers supports : journaux scolaires et lycéens, radios et vidéos d’établissement, sites internet, etc. – mais, en tenant compte de la jurisprudence relative aux limites de la liberté d’expression des élèves, sous surveillance. De fait, « l’éducation aux médias prépare ainsi les lycéens à exercer leurs responsabilités de citoyen. »

Le “référent culture”, désigné dans chaque lycée, contribue à cette éducation aux médias notamment en ce qu’il doit « informer la communauté éducative, notamment grâce au site internet de l’établissement, de l’offre culturelle de proximité, en lien avec la délégation académique à l’éducation artistique et à l’action culturelle (DAAC) et les services éducatifs des institutions culturelles locales » et « valoriser sur le site internet de l’établissement les actions pédagogiques particulièrement innovantes dans le champ culturel. »

De plus, comme tous les élèves devraient être en mesure de « se constituer une culture personnelle tout au long de leur parcours scolaire, il convient de mobiliser l’ensemble des ressources numériques disponibles dans le champ des arts et de la culture et d’en favoriser l’accès au sein de l’établissement (CDI, salles dédiées, internats, etc.). » Les technologies de l’information et de la communication (TIC) seront donc mobilisées mais la consultation des sites internet correspondant à la dynamique recherchée reste encadrée [11].

Notes :

[1] Elle fait, comme de coutume, référence à un discours du Président de la République (du 13 octobre 2009, sur la réforme du lycée) dès son entrée en matière.

[2] « Le lycée, lieu de transmission des savoirs, doit permettre l’accès de tous les élèves à la culture, afin qu’ils deviennent des acteurs de leur parcours scolaire et culturel. »

[3] lequel, selon la circulaire n° 2008-042 du 4 avril 2008 relative à la rentrée scolaire, « porte sur l’ensemble du champ artistique et culturel. Il a pour objectif l’acquisition par les élèves de repères historiques et méthodologiques indispensables à la compréhension des œuvres, et prend appui sur le contact direct avec celles-ci. autour des pratiques artistiques et des biens culturels. »

[4] Ce qui constitue une répétition de la circulaire du 4 avril 2008 précitée : « En complément des enseignements artistiques inscrits dans le temps scolaire, la pratique artistique et culturelle sera proposée dans tous les établissements concernés par l’accompagnement éducatif. »

[5] Les conditions des sorties scolaires en tiendraient-elles compte ?

[6] La notion d’enseignant référent a été surtout exposée dans le cadre des plans et réseaux “ambition réussite” afin de structurer les équipes pédagogiques et assurer le lien avec les parents d’élèves, bien que la circulaire n° 2006-058 du 30 mars 2006 relative aux principes et modalités de la politique de l’éducation prioritaire n’en emploie pas l’expression, elle en constitue une des bases. Sont aussi désignés des parents référents, des policiers référents, V. pour ce qui concerne les élèves handicapés, l’arrêté du 17 août 2006 JO 20 août 2006 sur “les enseignants référents et leurs secteurs d’intervention” et le § 3. de a circulaire n°2006-126 du 17 août 2006 relative à la mise en œuvre et suivi du projet personnalisé de scolarisation, BOEN 7 septembre 2006 ; pour la lutte contre l’illétrisme, circ. du 20 décembre 2002 relative au Programme national d’incitation à la lecture et à l’écriture dans le cadre du plan de prévention et de lutte contre l’illettrisme.

[7] Il peut « bénéficier d’actions spécifiques de formation dans le cadre des plans académiques de formation (PAF) et par le biais des pôles de ressources pour l’éducation artistique et culturelle (PREAC). »

[8] Arr. 11 juillet 2008 relatif à l’organisation de l’enseignement de l’histoire des arts à l’école primaire, au collège et au lycée publié, BOEN 28 août 2008.

[9] V. Circ. n° 2008-059 du 29 avril 2008 relative au développement de l’éducation artistique et culturelle, Annexe 2, BOEN 8 mai 2008.

[10] V. Circ. n° 2007-022 du 22 janvier 2007 relative aux dimensions artistique et culturelle des projets d’école et d’établissement, BOEN 1er février 2007.

[11] Renvoi est, entre autres sites web ‘labellisés’, fait au portail interministériel de l’éducation artistique et culturelle, hébergé par le Centre national de documentation pédagogique (CNDP).

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Pr. Geneviève Koubi

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