FUN ? pas si drôle ! La marchandisation des enseignements est en marche

Le 2 octobre 2013, par Geneviève Koubi,

(mouvement d’humeur ...)

Si l’on en croit le journal Le Monde du 3 octobre 2013, dans un article intitulé : َL’université française passe de l’amphi aux cours en ligneَ, « les cinq prochaines années verront exploser le marché mondial de l’e-éducation ».

Donc, puisque l’éducation n’est pas une marchandise, l’e-éducation doit l’être !

Évidemment, comme le rappelle Nathalie Brafman, auteur de l’article en cause, « l’enjeu est énorme : il s’agit non seulement de révolutionner la transmission des savoirs, mais aussi d’éviter qu’elle ne soit aux mains de quelques entités ». Faut-il supposer qu’il s’agirait d’éviter que chacun, pourvu d’un site, d’un blog ou d’une page, le consacre librement à son enseignement ? L’objectif est bel et bien d’empêcher les initiatives personnelles ou collectives qui, loin de proposer diplômes ou certificats, titres ou grades, s’attachaient aux contenus pour en livrer des commentaires ou des explicitations.

La couleur du net deviendrait-elle officielle ? Nathalie Brafman relève ainsi que « l’objectif de ce plan université numérique (est de) faire en sorte que chaque étudiant ait accès à des cours. En France, l’initiative du ministère de l’enseignement supérieur est une première. Jusqu’ici, s’il existait un réseau pour relier universités et laboratoires de recherche (Renater, créé en 1993), rien n’avait été pensé sur les contenus. Chacun était libre de développer ce qu’il souhaitait dans son coin.... ».

Rien à ajouter ? Puisque l’ère numérique est entrée dans les moeurs, reculer ne serait guère de bon aloi. L’idée d’une université numérique ne peut indéfiniment être reportée. Elle doit se faire, elle se fera. Mais n’aurait-il pas été plus conforme à la loi que de laisser les universités en décider, que de proposer des financements à ces universités pour qu’elles s’y lancent ? En ces périodes de disette, la question financière est toujours placée en arrière-plan ; une université numérique permettrait de limiter les recrutements des enseignants... lesquels n’auraient plus besoin de faire preuve de leurs capacités de recherche puisque tout est sur le net, n’est-ce pas ?

Plutôt que recentraliser l’université autour d’une France université numérique (FUN) pour des CLOM (presque clones !), n’aurait-il pas été plus logique de se pencher sur les programmes existants, sur les recherches déjà effectuées, sur celles encore en cours de réalisation, avant de brandir cet acronyme qui ne fait même pas rire ?

Certes, le ministre de l’enseignement supérieur prétend « laisser de la place aux initiatives », mais il indique aussi que la perspective d’une ’université numérique’ suppose des attentions spécifiques qui, sans nul doute, encenseront les plus conformes à l’air des temps... Ainsi, est-il dit dans cet article que FUN « aidera à définir ce que peuvent être des cours et des validations en ligne, à les mettre en place, à mieux faire connaître les bonnes pratiques des établissements. »

Bonnes pratiques ? Derrière cette expression, outre le fait qu’elle est directement issue des discours entrepeneuriaux, se dissimule le souci d’une marchandisation, en français comme dans toute autre langue, des cours... non réalisés en présentiel. Après que les usages d’internet aient été tant décriés durant la décennie passée, le conformisme enseignant reprend de la vigueur...

La proposition revêt alors tout son sens à l’heure où les universités crient misère. Et MOOC ou CLOM lancé, les universités seront à même de se passer des personnels enseignants qu’elles peinent à rémunérer. Si les enseignants ne disparaitront pas, leurs fonctions se transformeront : « le professeur .... devra passer d’une posture de maître, debout sur l’estrade et régnant sur le savoir, à celle d’un éclaireur aux côtés des étudiants. Accompagnement plus personnalisé, cours interactifs, tutorat en ligne... ». .

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Vous comprendrez peut-être mieux pourquoi, depuis quelques temps, Droit cri-TIC s’est tu, se tait... en attendant que soit effective la rentrée (dès la semaine prochaine).

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Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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