jeudi 1er janvier 2009

Résister à l’ordre de se taire

Dans le journal Le Monde de ce 1er jour de l’an 2009, est publié un point de vue salutaire d’un professeur de philosophie, Seloua Luste Boulbina, sous le titre « Témoigner contre une expulsion forcée est-il un délit ? » [1].

Sans pouvoir reproduire ici l’article en cause, au moins faudrait-il en relever les points essentiels. En lisant l’article, chacun pourra se faire sa propre opinion à propos de la dérive de la pensée policière et de l’idée d’identité nationale distillée dans l’ordre d’un discours.

Au-delà des faits eux-mêmes, la question du statut du "témoin" d’une violation des droits de l’homme et la question de la fonction artificielle de la “diversité” sont directement posées.

- Les faits ? : « Trois citoyens français dans un avion », professeurs de philosophie, sont expulsés puis gardés à vue « pour avoir demandé à des policiers la raison pour laquelle un reconduit à la frontière était menotté » (v. Le Monde du 24 décembre). Dès lors, pour avoir simplement "parlé", un individu peut être inculpé pour "obstruction". Obstruction à quoi ?

- Comment rester témoin sans réagir ? Dans son article, Seloua Luste Boulbina note :« Il n’y a pas de témoin aveugle et silencieux. L’individu ou la foule qui laisse faire sans mot dire consent : l’histoire, on le sait, l’a amplement montré. La majorité silencieuse est structurelle. Lorsque, conjoncturellement, et donc aléatoirement, un individu s’interroge publiquement, et interroge, il adopte déjà la position du témoin. (...). La tradition libérale européenne est celle de la liberté de parole, sa tradition philosophique est celle du jugement critique » [2].

- A quelle diversité d’identité nationale se référer ? Seloua Luste Boulbina remarque : « Concrètement, l’identité nationale c’est la rétention et l’expulsion, c’est la répression et l’intimidation. Dans identité nationale, on entend identique et national. (...) On veut bien la diversité, mais dans l’identité nationale ». Evidemment, « philosophiquement parlant, il est plus logique de loger l’identité, s’il y en a une, dans la diversité » !

...

Pour lire l’article, v. sur le site du journal Le Monde : http://www.lemonde.fr, rubrique : opinions. Seloua Luste Boulbina : « Témoigner contre une expulsion forcée est-il un délit ? ».

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Notes :

[1] l’article de ce professeur méritait pourtant une plus large audience que celle d’un jour de vacances, d’un jour de fête.

[2] En relevant aussi qu’« une police qui est celle des "pleins pouvoirs" est toujours dangereuse, quels que soient les cieux où elle sévit. Une police qui distingue le Blanc du Noir et "l’Européen" de "l’Africain" ne saurait être au-dessus de tout soupçon ».

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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