Droit de l’éducation Remise en jeu de "l’accompagnement éducatif" ?

Le 11 février 2008, par Geneviève Koubi,

Source d’une rumeur suivie d’un démenti, "l’accompagnement éducatif" est pensé comme une priorité.. le ministre de l’éducation l’a mis en place depuis la rentrée 2007. Il repose sur une idée simple en forme de refrain publicitaire : « l’école après les cours ». Mais, à ce jour, il n’est encore qu’un dispositif « expérimental »...

Dans le journal Le Monde, la rumeur prend place : le courriel anonymisé qui circule dans le milieu enseignant exprimerait la rancoeur d’un principal de collège classé « Ambition réussite » et auquel les moyens alloués à « l’accompagnement éducatif » des collégiens auraient été restreints. En fait, les précisions données dans ce message électronique rendent compte d’un raisonnement comptable appliqué dans bien des secteurs de l’éduction, de la recherche, des administrations, de type : « ce qui n’est pas dépensé retourne dans la caisse, en dépit des projets et malgré tous les engagements déjà pris… ». Si le démenti ministériel, sur ce point, était indispensable, le fait que plus de 10 000 postes seront supprimés à la rentrée prochaine et qu’un certain rapport sur la redéfinition du métier d’enseignant a été diffusé, alimente toujours le mécontentement ... des enseignants…

L’accompagnement éducatif mis en place depuis la rentrée 2007 n’est qu’un dispositif « expérimental », réservé pour l’instant aux établissements de l’éducation prioritaire ; l’évaluation finale de cette expérimentation permettra ou non de le généraliser et de l’étendre à tous les collèges dès la rentrée 2008 [1].

Il a pour fondement une circulaire : la circulaire n° 2007-115 du 13 juillet 2007 relative à la « mise en place de l’accompagnement éducatif dans les établissements de l’éducation prioritaire » [2]. Cette circulaire se présentait en complément à une circulaire précédente n° 2007-011 du 9 janvier 2007 sur la préparation de la rentrée 2007. Elle y ajoute, dans la partie 3 - consacrée à “l’égalité des chances mieux garantie”– un dispositif d’accompagnement éducatif « afin de favoriser la réussite de tous ».

Selon cette circulaire donc, les collèges publics et privés désignés devaient mettre en place un “accompagnement éducatif” « hors temps scolaire » certes, mais principalement « dans » les locaux scolaires.

« D’une durée indicative de 2 heures, cet accompagnement sera organisé tout au long de l’année en fin de journée après la classe, quatre jours par semaine. /L’organisation de cet accompagnement éducatif répond à une forte demande sociale de prise en charge des élèves après les cours. Il s’agit d’assurer en toute équité à chaque élève, quel que soit son milieu familial, l’encadrement de son travail personnel, l’épanouissement par la pratique du sport et l’ouverture au monde de l’art et de la culture, conditions nécessaires au bon déroulement de sa scolarité. Ce dispositif contribuera ainsi à l’égalité des chances entre tous les élèves… ».

Les collèges concernés se sont lancés dans l’expérience... Les moyens financiers devraient alors suivre...

Offert aux élèves « volontaires » de tous les niveaux d’enseignement, cet accompagnement revient à leur proposer de participer au minimum à trois domaines éducatifs : l’aide aux devoirs et aux leçons, la pratique sportive, la pratique artistique et culturelle. Selon les établissements et les moyens qui leurs sont alloués, sont ajoutés : la pratique informatique, multimédia et documentaire et la connaissance des choses de la nature. Cet accompagnement est assuré par des enseignants volontaires, des assistants pédagogiques ou d’éducation, des intervenants extérieurs. Il est donc, comme le signale l’article cité du journal Le Monde du 11 février 2008, « abondamment financé, par attribution d’heures supplémentaires, transformables en vacations pour rémunérer des intervenants extérieurs ».

Cependant, en dépit des discours actuels, il est temps de retenir que l’accompagnement éducatif n’est pas une pratique récente. Plusieurs textes – de même nature pour la plupart – rendaient compte de ce même souci du suivi de l’élève après la classe. Par exemple, une circulaire n° 2000-208 du 22 novembre 2000 avait évoqué le lien entre ces modes de soutien et d’éveil scolaires en associant « les contrats éducatifs locaux » à l’aménagement du temps des élèves… tout en recherchant les liaisons avec les actions relevant des « contrats locaux de sécurité ». Les zones urbaines et rurales en difficulté étaient alors signalées comme prioritaires pour en bénéficier. Cette circulaire donnait une orientation concrète aux « contrats locaux d’accompagnement scolaire » qui avaient été créés par la circulaire n° 2000-41 du 22 juin 2000.

Certes, peut être encore citée comme ayant eu le même objectif que cet « accompagnement éducatif » mais s’ouvrant sur l’environnement de l’enfant, la circulaire du 9 mars 1999 relative aux réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents…

Cependant, la circulaire n°98-144 du 9 juillet 1998 sur l’aménagement des temps et des activités de l’enfant : mise en place du contrat éducatif local et des rythmes périscolaires, est la plus explicite en ce domaine. Elle est d’ailleurs pour une part encore en vigueur. Elle a pour objet « d’encourager les activités offertes aux enfants et aux adolescents en dehors des heures scolaires ».

Selon l’analyse qui y est présentée, « l’enfant ou l’adolescent tirera d’autant mieux parti de son temps scolaire et de son temps libre que ceux-ci seront mieux articulés et équilibrés. Le désir de connaître et d’être ensemble se nourrit volontiers d’activités culturelles, sportives ou ludiques, menées dans le cadre du temps libre, qui peuvent être l’occasion pour chaque enfant de se découvrir des talents et contribuer à la réussite de sa scolarité. La fatigue, le désoeuvrement, l’offre d’activités trop éparpillées ou trop coûteuses, sont autant d’obstacles à l’égalité d’accès de tous au savoir, à la culture, au sport ».

Devaient y être associées différentes administrations : éducation nationale, culture, jeunesse et sports, ville, les collectivités territoriales, les associations, les organismes à vocation sociale et … les familles. Les « contrats éducatifs locaux » n’étaient donc pas pensés d’un seul côté...

Or, avec ce dernier modèle d’accompagnement éducatif, par le jeu incertain du volontariat, une individualisation du « service » d’aide aux devoirs et de maintien des connaissances, d’éveil à l’art et d’apprentissage des techniques de communication s’intensifie tandis que la relation avec les parents devient de plus en plus insignifiante !!

Notes :

[1] Mais la généralisation du système est déjà en cours.

[2] dont l’intitulé complet est : « Complément à la circulaire de préparation de la rentrée 2007 : mise en place de l’accompagnement éducatif dans les établissements de l’éducation prioritaire », BOEN n° 28 du 19 juillet 2007.

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Pr. Geneviève Koubi

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Dernière mise à jour le :
30 mai 2008
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