Droit de l’éducation Mémoire en devoir, mémoires plurielles Circ. n° 2009-023, 9 févr. 2009, Devoir de mémoire. Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions

Le 20 mars 2009, par Geneviève Koubi,

Alors qu’aux Antilles, en Guadeloupe et Martinique, s’intensifiait la rancoeur face à une politique de "mépris" et se déroulaient de dures négociations à la suite de longues semaines de grève, était publiée au BOEN du 19 février 2009, une "note de service" n° 2009-023 du 9 février 2009, qui avait pour objet "les" Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions. En sur-titre, cette note arborait un "Devoir de mémoire".

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Cette circulaire n° 2009-023 du 9 février 2009, Devoir de mémoire. Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions est adressée aux recteurs d’académie, aux inspecteurs d’académie et aux directeurs des services départementaux de l’Éducation nationale. Elle voudrait rappeler que « l’institution éducative accorde une place privilégiée aux réflexions sur la mémoire » ; elle signale qu’à ce titre, « l’acquisition des savoirs indispensables à une pleine compréhension de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions s’inscrit dans la mission d’éducation ». Elle renvoie pour cela, en liens "hypertexte", au site du Comité pour la mémoire de l’esclavage — qui n’apporte que peu d’enseignements en la matière.

Plutôt qu’évoquer l’enseignement de l’histoire, cette note insiste sur une fonction mécanique de la « mémoire », celle-ci participant « à la formation d’esprits éclairés et de citoyens responsables en favorisant la construction d’une pensée tolérante et ouverte à autrui » comme « à l’éducation aux droits l’homme et à la prévention des crimes contre l’humanité ». Cette circulaire rappelle donc que le 10 mai est la « journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions » [1]. Dès lors, la « communauté éducative dans son ensemble est invitée à s’associer aux nombreuses manifestations publiques qui sont organisées sur le territoire national à cette occasion » [2]. Il est également demandé à ce que cette journée soit « l’occasion d’élargir la réflexion à des problématiques actuelles comme la traite des êtres humains, travail des enfants, travail forcé, etc. » [3]. Il est également signalé que d’autres journées nationales et internationales « peuvent favoriser une réflexion approfondie des écoliers, des collégiens et des lycéens sur la question de l’esclavage » [4].

Cependant, implicitement, l’objet de la circulaire est de "recadrer" les enseignements délivrés à ce propos. En quelque sorte, le ministre regrette que « de l’école primaire jusqu’au lycée, les programmes d’enseignement se prêtent à une présentation diversifiée de ce sujet ».

Plutôt que se référer à la première abolition de l’ésclavage dès les lendemains de la Révolution, la date qui semble devoir être retenue, au moins pour le premier degré d’enseignement, est celle de 1848 : « L’abolition de 1848 est inscrite parmi les repères indispensables qui forment la base d’une culture commune ». Sont aussi proposées des lectures d’œuvres littéraires choisies... [5]. Dans le second degré, ce sont, logiquement, les programmes d’histoire-géographie qui permettent aux élèves d’acquerir des connaissances « sur la traite négrière, l’esclavage et les révoltes qui ont précédé son abolition définitive ». Mais, en toute connaissance de cause, devraient y être adjoints « les enseignements d’éducation civique, de lettres, de philosophie, de langues étrangères, d’histoire des arts ou bien encore d’éducation musicale et d’arts plastiques ». Encore faudrait-il que les enseignants disposent d’une certaine latitude pour ce faire... !

La note de service du 9 février prévoit alors que les enseignants « peuvent s’appuyer sur les ressources pédagogiques ( ?) mises en ligne sur le sujet : - par le Centre national de documentation pédagogique ; par le CIDEM. » Ces documents en ligne sont disparates. On peut trouver sur le site du CNDP diverses analyses, certaines ne rendent pas compte de l’enseignement à dispenser [6], d’autres proposent des commentaires plus que plats, presque désolants [7] accompagnant des vidéos ne retraçant aucunement la "complexité de la société coloniale" [8]... Plus élaborés paraissent alors les documents présentés par le site Civisme et démocratie (CIDEM) [9].

Comme l’émulation et l’incitation sont toujours à l’ordre du jour malgré les échecs auxquels elles conduisent, le "cadeau-récompense" étant désormais un mode d’assurance quant à l’obéissance et la discipline de tous et de chacun, il est demandé aux académies de veiller « à signaler les meilleures réalisations au titre de la mémoire de la traite négrière et de l’esclavage dans le cadre du Prix des droits de l’homme-René Cassin, qui récompense les projets pédagogiques d’éducation aux droits de l’homme et à la citoyenneté ».

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Notes :

[1] ... date anniversaire de l’adoption à l’unanimité par le Sénat de la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

[2] Pour soutenir les équipes éducatives, renvoi est fait à l’annexe de la note de service n° 2007-166 du 31 octobre 2007, BOEN, 8 novembre 2007.

[3] Une page sur la situation des étrangers en France serait utile...

[4] V. sur ce point, la circulaire du Premier ministre du 29 avril 2008 qui offre « un calendrier mémoriel officiel »

[5] Cités en prolongement des programmes : « Deux graines de cacao » d’Évelyne Brisou-Pellen ; « Le Trèfle d’or » de Jean-François Chabas.

[6] Comme par exemple, une étude sur la question de l’esclavage dans les programmes scolaires.

[7] ... du style : « Les Antilles étaient de véritables usines à sucre fondées sur l’esclavage. La durée de vie des esclaves y était limitée et leurs conditions de vie et de travail très éprouvantes ».

[8] Comme c’est le cas pour une vision partielle du système esclavagiste colonial...

[9] dont on remarquera que l’intitulé intégral n’est pas repris dans la note de service du 9 février 2009.

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Pr. Geneviève Koubi

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