Élections au Brésil. Élections présidentielles… Premier tour le 7 octobre 2018 (-IV)

Le 18 août 2018, par Geneviève Koubi,

suite des articles du 9 août 2018 : « Élections au Brésil. Élections présidentielles… Premier tour le 7 octobre 2018 (-I) », du 13 août 2018 : « Élections au Brésil. Élections présidentielles… Premier tour le 7 octobre 2018 (-II) » et du 16 août 2018 : « Élections au Brésil. Élections présidentielles… Premier tour le 7 octobre 2018 (-III) ».

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Outre les multiples autres élections qui se tiennent au même moment, au Brésil, l’attention est fixée sur les élections présidentielles … surtout parce que la candidature de Luiz Inácio Lula da Silva (PT) semble sur le fil du rasoir.

En attendant que le TSE se prononce sur la validité de chacune des candidatures, les douze autres candidats à la fonction présidentielle de la République fédérale du Brésil sont : Alvaro Dias (Podemos), Cabo Daciolo (Patriota), Ciro Gomes (PDT), Geraldo Alckmin (PSDB), Guilherme Boulos (PSOL), Jair Bolsonaro (PSL), João Amoêdo (Novo), Marina Silva (Rede), Henrique Meirelles (MDB), Vera Lúcia (PSTU), João Vicente Goulart (PPL), José Maria Eymael (DC) [1].

La candidature de Lula ayant été déposée, les questions de droit surgissent avec plus d’acuité, notamment quant aux critères de l’inéligibilité.

La Lei complementar nº. 135/2010 du 4 juin 2010, dite « ficha limpa », à laquelle il est fait référence ajoute à la loi précédente des conditions de qualité administrative relatives à la probité et à la moralité [2]. Cette loi prévoit, pour tout un ensemble d’infractions, l’inéligibilité durant huit années de toute personne condamnée en appel pour ces faits [3]. Différentes lectures peuvent être données des applications de cette loi [4]. Les débats à son propos se jouent entre plusieurs registres allant de la nécessité d’une mention explicite de l’inéligibilité lors du jugement en appel jusqu’à la nécessité de l’épuisement de tous les moyens de recours pour que cette inéligibilité soit effective.

Le Comité des droits de l’homme de l’ONU, saisi d’une demande émanant des avocats de Lula, a estimé ainsi que Lula, même sans disposer de la liberté d’aller-et-venir, doit pouvoir avoir accès aux médias et à son parti politique et, surtout, « doit être autorisé à participer à l’élection présidentielle d’octobre, tant que tous ses appels en justice n’auront pas été examinés » [5]. Le fondement de cette analyse se comprend à la lecture de l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques : « Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l’article 2 et sans restrictions déraisonnables : a) De prendre part à la direction des affaires publiques, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis ; b) De voter et d’être élu, au cours d’élections périodiques, honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l’expression libre de la volonté des électeurs ; c) D’accéder, dans des conditions générales d’égalité, aux fonctions publiques de son pays. » Comme le Brésil a ratifié le Pacte, cet avis devrait être suivi.

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L’avis du Comité recèle un paradoxe insurmontable en n’accédant pas à la demande de la libération de Lula - ne serait-elle que provisoire. Comment mener une campagne depuis la prison ? Et s’il était élu, comment Lula pourrait-il gouverner depuis la prison ?

De plus, une incertitude demeure quant à la force juridique à attribuer à ces décisions du Comité des droits de l’homme - laquelle dépend aussi du système juridique dans lequel elle s’insère. Suivre, appliquer, respecter une décision du Comité est bel et bien une obligation pour le Brésil [6]. Toutefois, la qualification de cette annonce varie selon les interlocuteurs. S’agit-il d’une décision, d’un avis, d’une déclaration, d’une recommandation, d’une suggestion, etc. ?

Il se trouve que « l’avis des dix-huit experts indépendants a été considéré comme une ’ingérence inopportune’ par le ministre de la justice Torquato Jardim [7]. Tandis que le ministère des affaires étrangères jugeait la déclaration ’sans effet’ » [8]. Pour le ministre de la Justice, il s’agirait donc d’une ingérence politique et idéologique inconvenante dans des questions juridiques propres au Brésil. Cette prise de position n’est pas partagée par tous les juristes. Or, nombreux sont ceux qui estiment que, vus le système juridique (interne et externe) et le contexte national, il revient aux seuls juges brésiliens de se prononcer sur la candidature de Lula, donc d’évaluer les combinaisons entre les normes applicables en la matière.

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Mais, ce qui préoccupe la classe politique brésilienne est de connaître la date à laquelle le Tribunal décidera de rejeter la candidature de Lula déposée par le Partido dos Trabalhadores et non la substance de la décision, la plupart tenant pour acquis que la sentence confirmera l’inéligibilité. Or, même si elle souhaiterait que la question soit résolue rapidement, la décision peut intervenir à tout moment de ce jour jusqu’au 17 septembre [9].

...

à suivre

Notes :

[1] Le deuxième débat télévisé s’est tenu le 17 août sur Rede TV ! avec : Alvaro Dias (Podemos), Cabo Daciolo (Patriota), Ciro Gomes (PDT), Geraldo Alckmin (PSDB) - dont la candidature est contestée par le MDB -, Guilherme Boulos (PSOL), Jair Bolsonaro (PSL), Marina Silva (Rede), Henrique Meirelles (MDB). Lula était encore une fois absent, le principe de la ’chaise vide’ ayant été fermement rejeté par Jair Bolsonaro. En étaient encore exclus : João Amoêdo (Novo), Vera Lúcia (PSTU), João Vicente Goulart (PPL), José Maria Eymael (DC).

[2] V. § 3.3 de l’article de Thayná Silva Campos et Elaine Cristina Costa, « Aspectos constitucionais da Lei Complementar nº 135/2010 », févr. 2015.

[3] Compléments, art. 1, I : « c) o Governador e o Vice-Governador de Estado e do Distrito Federal e o Prefeito e o Vice-Prefeito que perderem seus cargos eletivos por infringência a dispositivo da Constituição Estadual, da Lei Orgânica do Distrito Federal ou da Lei Orgânica do Município, para as eleições que se realizarem durante o período remanescente e nos 8 (oito) anos subsequentes ao término do mandato para o qual tenham sido eleitos ; / d) os que tenham contra sua pessoa representação julgada procedente pela Justiça Eleitoral, em decisão transitada em julgado ou proferida por órgão colegiado, em processo de apuração de abuso do poder econômico ou político, para a eleição na qual concorrem ou tenham sido diplomados, bem como para as que se realizarem nos 8 (oito) anos seguintes ; / e) os que forem condenados, em decisão transitada em julgado ou proferida por órgão judicial colegiado, desde a condenação até o transcurso do prazo de 8 (oito) anos após o cumprimento da pena, pelos crimes : 1. contra a economia popular, a fé pública, a administração pública e o patrimônio público ; 2. contra o patrimônio privado, o sistema financeiro, o mercado de capitais e os previstos na lei que regula a falência ; 3. contra o meio ambiente e a saúde pública ; 4. eleitorais, para os quais a lei comine pena privativa de liberdade ; 5. de abuso de autoridade, nos casos em que houver condenação à perda do cargo ou à inabilitação para o exercício de função pública ; 6. de lavagem ou ocultação de bens, direitos e valores ; 7. de tráfico de entorpecentes e drogas afins, racismo, tortura, terrorismo e hediondos ; 8. de redução à condição análoga à de escravo ; 9. contra a vida e a dignidade sexual ; e 10. praticados por organização criminosa, quadrilha ou bando ; / f) os que forem declarados indignos do oficialato, ou com ele incompatíveis, pelo prazo de 8 (oito) anos ; / g) os que tiverem suas contas relativas ao exercício de cargos ou funções públicas rejeitadas por irregularidade insanável que configure ato doloso de improbidade administrativa, e por decisão irrecorrível do órgão competente, salvo se esta houver sido suspensa ou anulada pelo Poder Judiciário, para as eleições que se realizarem nos 8 (oito) anos seguintes, contados a partir da data da decisão, aplicando-se o disposto no inciso II do art. 71 da Constituição Federal, a todos os ordenadores de despesa, sem exclusão de mandatários que houverem agido nessa condição ; / h) os detentores de cargo na administração pública direta, indireta ou fundacional, que beneficiarem a si ou a terceiros, pelo abuso do poder econômico ou político, que forem condenados em decisão transitada em julgado ou proferida por órgão judicial colegiado, para a eleição na qual concorrem ou tenham sido diplomados, bem como para as que se realizarem nos 8 (oito) anos seguintes ; ...  ».

[4] V. sur le site du TSE, la sélection bibliographique proposée en 20146.

[5] V. « Brésil : selon un comité de l’ONU, Lula doit pouvoir se présenter à l’élection présidentielle », Le Monde 17 août 2018. V. aussi, « Comitê da ONU diz que Lula deveria disputar eleição e participar de debates mesmo na prisão », BBC News Brasil 17 aout 2018 ; « Brasil é obrigado a garantir Lula na eleição, diz defesa após manifestação da ONU », UOL 17 août 2018.

[6] V. sur ce point, « Brasil é signatário de comitê da ONU que defende candidatura de Lula » (17 août 2018).

[7] V. « Decisão da ONU sobre Lula não tem relevância, diz ministro da Justiça », (18 août 2018).

[8] Claire Gatinois, « Lula hante les débats de l’élection présidentielle brésilienne », Le Monde 18 août 2018.

[9] V. « Questionamentos à candidatura de Lula serão redistribuídos no TSE », Agência Brasil, 17 août 2018.

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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