Cent jours pour des avenirs périlleux au Brésil

Le 18 avril 2019, par Geneviève Koubi,

Depuis le début de l’année 2019 au Brésil, les annonces tonitruantes s’accumulent à coups de twitter présidentiel. Diverses mesures aux bases légales incertaines mais aux forts accents liberticides s’échelonnent...

En célébrant ses cent jours, le Président de la République du Brésil - investi de sa charge au 1er janvier 2019 - a surtout mesuré, dans un déni assourdissant, la clameur des irritations, la force des doutes et l’intensité de la défiance maintenant installée au sein de la population [1]. Le Brésil perd alors de sa magie ... et pâtit désormais d’une mauvaise réputation dans les enceintes internationales [2]...

Si les médias étrangers insistent particulièrement sur les dégâts environnementaux [3], sur l’intention affichée d’une surexploitation de la forêt amazonienne [4] et, par là, sur les atteintes portées aux droits des peuples autochtones sur leurs terres originelles [5], de nombreuses transformations sont d’ores et déjà intervenues mettant à mal les quelques formes de solidarité sociale qui avaient auparavant assuré d’un relatif équilibre. Quant aux tout aussi nombreuses réformes déjà lancées [6], elles augurent de sombres avenirs sur le terrain des droit sociaux au risque d’une fracture sociale béante… alors même que la violence s’institutionnalise [7]. Car de la violence de l’État découle la violence des forces policières qui multiplient les ’erreurs’ sous mille prétextes [8] et à la violence des propriétaires, notamment fonciers, répond la violence désarmée des mouvements sociaux.

L’éditorial du journal Le Monde du 10 avril 2019, relevait ainsi que ces cent jours ont surtout démontré, attesté, confirmé l’incompétence d’un Président. Outre l’aggravation de la cassure politique et sociale commise par les fomentateurs de la destitution de Dilma Roussef, les attentes de ses électeurs se sont transformées en lourds mécontentements : « au Brésil, les espoirs des milieux d’affaires misant sur une reprise rapide de l’économie ont été douchés. La croissance patine, le taux de chômage reste élevé, la dette et le déficit publics continuent de se creuser. Les dérapages et les saillies verbales, qui ont émaillé sa campagne, n’ont été tolérés par les marchés financiers que dans le cynique espoir qu’il assainirait l’économie brésilienne. Son incompétence sur ce plan les prend à rebours. » Sur d’autres plans comme « sur l’éducation, sur l’environnement ou sur la lutte contre la corruption, le fiasco est tout aussi patent. » [9]

….

Le fiasco est patent, est flagrant...

...

Mais les conséquences de ces discours, de ces messages, de ces mots sont lourdes. Les enfermements sociaux et les replis familiaux se multiplient. Les autocensures s’accentuent... Et dans les universités, les libertés académiques déclinant, la parole s’étrécit.

...

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Notes :

[1] V. sur courrierinternational.com, « Au Brésil, les 100 jours de B... passés à la loupe », 10 avr. 2019 ; sur lesechos.fr, « Au Brésil, les 100 jours d’incertitude du président B… », 10 avr. 2019 ; sur vaticannews.va, « Au Brésil, 100 jours au pouvoir de J... B... : les "prémices d’une apocalypse" ? », 15 avr. 2019.

[2] V. sur br.rfi.fr, A. Brandão, « Política externa nos 100 primeiros dias de Bolsonaro provoca danos à imagem do Brasil », 10 avr. 2019.

[3] Notamment à propos de la rupture d’un barrage minier de rétention de boues toxiques : v. sur reporterre.net, E. Massemin, « Deux mois après la rupture d’un barrage, la catastrophe continue au Brésil », 20 mars 2019.

[4] V. (en brésilien) « B... defende mineração e agropecuária em terras indígenas », 18 avr. 2019 (sans oublier ici de noter l’instrumentalisation de certains...).

[5] V. par ex., sur lemonde.fr, C. Gatinois, « Brésil : la détresse des indigènes face au mépris de J... B... », 2 mars 2019 ; sur reporterre.net, F. Watson, « Depuis cent jours, les peuples autochtones brésiliens résistent aux attaques de B... », 11 avr. 2019.

[6] Réforme des retraites, réforme de l’accès aux soins, etc.

[7] Ne serait-ce que par ce vœu présidentiel absurde et immonde de vouloir célébrer la dictature (1964-1985) ! : v. sur liberation.fr, C. Rayes, « Le Brésil de B... se divise sur l’"anniversaire" du coup d’État militaire », 31 mars 2019.

[8] V. sur lemonde.fr, C. Gatinois, « Au Brésil, une bavure policière met en lumière le racisme des forces de l’ordre », 16 avr. 2019.

[9] in « Jair Bolsonaro, le Trump des tropiques ».

[10] Ajout au 20 avr. 2019. Sur le plan des droits et libertés, les avenirs s’annoncent tout aussi incertains en France en ce jour où l’application de la loi n° 2019-290 du 10 avril 2019 visant à renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations donne d’autres moyens aux forces de police pour traquer les manifestants (non nécessairement ’casseurs’...) en usant de lanceur de balles de défense et d’une eau marquante de couleur bleue dans les lances à eau...

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