Le multilinguisme européen à l’épreuve de la traduction

Le 8 novembre 2008, par Geneviève Koubi,

Le Président de la Commission européenne et le commissaire au multilinguisme avaient invité des traducteurs, écrivains, éditeurs et critiques littéraires de diverses nationalités à un déjeuner-débat sur la traduction et la culture à Bruxelles, le 6 novembre 2008.

La traduction se trouve considérée dans cette sphère comme « clé du dialogue interculturel et passerelle intellectuelle » entre les langues ; M. Orban avait auparavant, plus ou moins signifié que la traduction pouvait être « comprise comme l’une des expressions du multilinguisme », ce qui serait aussi l’une des marques de la diversité que l’Union européenne voudrait préserver : « Une société est multilingue lorsque ses citoyens peuvent parler plusieurs langues, certes, mais aussi lorsque les langues que l’on y parle communiquent continûment par la traduction. Après tout, celle-ci est une constante négociation entre l’auteur, le traducteur et le lecteur. En Europe, nous ne le savons que trop bien, la négociation est l’essence même de notre cohésion ».

Cette initiative n’est qu’une étape pour la revalorisation de la traduction, notamment dans le champ littéraire. Mais elle est aussi sans aucun doute une étape préalable à l’appréhension même des modes d’interprétation du droit communautaire européen.

Certes, de nombreuses études ont déjà été réalisées sur ce thème alliant « langues et droit » ou « droit et traduction », notamment en Belgique, les éditions juridiques en France ne s’étant pas révélées jusqu’alors preneuses de ce type de problématiques.

Pourtant si l’on retient, à l’instar de Umberto Eco, que « la traduction est la langue de l’Europe », elle ne peut l’être exclusivement dans les domaines culturels tels la littérature, le cinéma ou la musique. La « promotion de la diversité culturelle et la mise en valeur de l’héritage culturel commun dans le respect du principe de subsidiarité » sont les deux axes retenus. Dans le programme « Culture » (2007-2013) de l’Union européenne, les dispositions qui y sont relatives concernent essentiellement « la traduction littéraire d’une langue européenne dans une autre : il s’agit d’aider les citoyens à mieux connaître la littérature et le patrimoine littéraire des autres États membres et, partant, de contribuer à l’amélioration des politiques relatives au multilinguisme et de favoriser le dialogue interculturel ». En fait, soutenir les traductions d’ouvrages, essais et récits revient à accorder des subventions [1] : l’aide à la traduction littéraire est effectivement substantielle pour une meilleure compréhension réciproque entre les citoyens des différents Etats membres. Ceci répond à l’objectif général de ce programme : « la mise en valeur d’un espace culturel commun aux Européens en vue de favoriser l’émergence d’une citoyenneté européenne ». Dans cette perspective, il s’agit « d’améliorer la compréhension mutuelle des citoyens européens en respectant et célébrant la diversité culturelle et linguistique, tout en contribuant au dialogue interculturel ».

Mais, les opérations de traduction s’impliquent également sur des terrains sociaux qui, au-delà de l’étude des langues, concernent « l’intégration des travailleurs migrants, la préservation de l’identité, la lutte contre l’illettrisme, la maîtrise de la langue maternelle et les nouvelles technologies » [2]. Cette énumération présentée rapidement dans une revue d’actualité de la Commission européenne pour évoquer d’autres espaces et d’autres centres d’intérêt semble laisser de côté la question cruciale du vocabulaire et de la culture juridiques, lesquels devraient aussi, voire surtout, être pris en considération...

Cette mise en perspective de la traduction au niveau européen doit être resituée dans le contexte particulier de l’élargissement de l’Union européenne. La langue « nationale » ou « officielle » est effectivement considérée par bien des Etats membres comme un élément substantiel de leur « identité ». Cette dimension est d’ailleurs celle qui fut retenue pour rendre compte de la « stratégie pour le multilinguisme » exposée en 2005 (en anglais). Or, une revitalisation de cette stratégie s’avérait nécessaire dans le cadre de l’Année européenne du dialogue interculturel…. également en Droit.

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Notes :

[1] Décision n° 2085/97/CE du Parlement européen et du Conseil du 6 octobre 1997 établissant un programme de soutien, comprenant la traduction, dans le domaine du livre et de la lecture (Ariane), JO L 291 du 24.10.1997, p. 26 ; Décision modifiée par la décision n° 476/1999/CE, JO L 57 du 5.3.1999, p. 1.

[2] « Ainsi, un plus grand respect de la diversité culturelle peut nous aider à gérer nos sociétés complexes où coexistent différentes identités et croyances culturelles. La question des langues fait partie de cette mosaïque. Mais les langues sont également indispensables, parce qu’elles nous aident à comprendre cette mosaïque » : intervention de M. Orban à Pérouse en mai 2008, sur : Multilinguisme et immigration : un enjeu pour l’Europe et la Méditerranée.

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