Droit de l’éducation Cahier de textes numérique : des colles en ligne Circ. 2010-136, 6 sept. 2010 - cahier de textes numérique

Le 10 septembre 2010, par Geneviève Koubi,

La circulaire n° 2010-136 du 6 septembre 2010 relative au cahier de textes numérique, publiée au BOEN n°32 du 9 septembre 2010, approfondit le recours aux outils numériques dans le système éducatif. Elle abroge et remplace une circulaire du 3 mai 1961 qui avait affirmé le caractère essentiel de la tenue d’un cahier de texte pour une classe donnée.

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Le cahier de textes numérique, accessible à travers les réseaux de communication, se substituera désormais aux cahiers de textes sous forme papier à compter de la rentrée 2011. Cette affirmation n’est qu’une confirmation. Ceci était prévu initialement pour cette rentrée 2010 [1]. La circulaire du 6 septembre 2010 n’est pas prématurée : une rentrée se prépare. Dès la rentrée 2010, s’échelonnent donc différents textes administratifs pour la rentrée suivante de 2011. La circulaire n° 2010-136 du 6 septembre 2010 relative au cahier de textes numérique s’inscrit dans cet espace de temps.

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Elle a « pour objet de préciser les modalités de mise en œuvre, par l’ensemble des établissements scolaires, du cahier de textes numérique ».

En même temps, elle révèle l’existence d’expérimentations préalables et incite à une formation quant à l’utilisation de ce cahier d’un type nouveau [2].

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Il apparaît nécessaire de redéfinir la fonction des cahiers de textes de classe : le cahier de texte est un document officiel [3]. Ce cahier ne peut être compris comme un cahier de textes personnel à l’enseignant.

Le cahier de textes retrace le suivi des programmes et l’obéissance aux instructions officielles (programmes) ; il rend compte du travail effectué en classe et de celui qui est donné à faire aux élèves en dehors de l’établissement scolaire ; il fait état des documents pédagogiques, des matériels et des supports utilisés, nécessaires pour l’enseignement considéré ; il rend compte des méthodes pédagogiques employées et des modalités : travaux de groupe, exposés d’élèves, cas pratiques, etc.

La circulaire du 3 mai 1961 précitée, désormais abrogée, demandait à ce que soit assurée constamment une « tenue correcte des cahiers de textes, qu’il s’agisse du cahier de textes de classe, qui constitue un document officiel, ou d’un cahier de textes individuel, que chaque élève est tenu de posséder ». Elle rappelait alors qu’« un cahier de textes bien tenu est, pour l’élève, l’instrument premier de tout travail personnel efficace. »

Cahiers de textes de classe et cahiers individuels devaient « refléter la vie de la classe et permettre de suivre avec précision la marche des études. ». Telle n’est plus la problématique en 2010 bien que les obligations qui y étaient attachées subsistent.

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Le cahier de textes de classe revêt toujours une importance stratégique dans le cadre des établissements scolaires.

Dans la circulaire de 1961, le cahier de textes de classe servait « de référence aux cahiers de textes individuels, et (devait) être, de façon permanente, à la disposition des élèves qui peuvent à tout moment s’y reporter » [4] ; il devait aussi assurer « la liaison entre les professeurs et les maîtres chargés des études surveillées » et permettre « en cas d’absence ou de mutation d’un professeur de ménager une étroite continuité entre l’enseignement du maître précédent et celui de son suppléant ou de son successeur. »

Aussi, le cahier de texte « même dématérialisé, constitue un document officiel, à valeur juridique ». Il est mis à la disposition des élèves et de leurs parents, il est un instrument de liaison entre les différents enseignants et, reprenant les éléments de langage de la circulaire de 1961, la circulaire de 2010 affirme qu’« il permet, en cas d’absence ou de mutation d’un professeur, de ménager une étroite continuité entre l’enseignement du professeur et celui de son suppléant ou de son successeur. » Toutefois, elle ajoute qu’il constitue la base des missions d’inspection.

Numérique [5], « le cahier de textes de classe sera organisé par discipline », « il sera tenu par chaque professeur concerné et sera à la disposition des personnels de direction et d’inspection qui devront les viser, dans le cadre de leur mission. »

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Le cahier de textes numérique mentionnera, d’une part, le contenu de la séance et, d’autre part, le travail à effectuer [6].

Evidemment, ces différents éléments devront être « accompagnés … de tout document, ressource ou conseil à l’initiative du professeur, sous forme de textes, de fichiers joints ou de liens. »

Il n’en reste pas moins que solliciter les travaux des élèves à travers ces canaux pourrait poser problème : le risque du « copier-coller » n’est pas circonscrit. Ainsi, lorsqu’il est précisé dans la circulaire du 6 septembre 2010 que « les textes des devoirs et des contrôles figureront au cahier de textes, sous forme de textes ou de fichiers joints », cette donnée mériterait quelques précisions. Il s’agit des « sujets » ; les « devoirs » rendus par les élèves n’obéissent pas aux mêmes caractéristiques.

Cependant, à supposer que les devoirs des élèves entrent dans ce champ, ils ne sauraient, de par la définition première du socle commun, se présenter sous la forme de fichiers : la numérisation des devoirs rendus « manuscrits » s’imposerait. Resterait à savoir si l’emploi du temps tiendrait compte de cette charge supplémentaire imposée alors aux enseignants.

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L’un des enjeux est de permettre la constitution d’un « tableau de la charge de travail donnée à l’élève ». Le cahier de textes numérique ne dispense pas chaque élève de continuer à tenir un cahier de textes individuel. Mais, pour l’élève, l’inscription de ses progrès dans le « livret de compétences » n’apparaît pas facilitée.

C’est ainsi qu’à son endroit est évoquée la tenue d’un cahier de textes individuel… mais, sur ce point, même si l’objectif de la circulaire est de soutenir le développement des outils numériques dans les écoles, le ministère reste muet…

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Par ailleurs, comparer les deux textes, celui de la circulaire de 1961 et celui de la circulaire de 2010 n’est pas sans incidence pour une appréhension de la notion d’« archive ». L’originalité est recherchée :

. dans la circulaire de 1961 : « A la fin de chaque année scolaire ces cahiers seront rassemblés, et conservés pendant cinq ans. Ils pourront être consultés par les conseils d’enseignement et les conseils de classe, ou occasionnellement confiés par le chef d’établissement, à titre de modèle, à des professeurs débutants. Il appartiendra au chef d’établissement, au terme de cette période, de déterminer quels sont ceux d’entre eux qui témoignant d’un enseignement original méritent d’être versés aux archives de la maison. » ;

. dans la circulaire de 2010 : « À la fin de chaque année scolaire, ces cahiers seront accessibles pendant une année scolaire entière, dans les conditions des cahiers de textes actifs. Ils pourront être consultés par les enseignants, les conseils d’enseignement, le conseil pédagogique, les conseils de classe et les corps d’inspection. Ils seront ensuite archivés et conservés pendant une durée de cinq ans. Il appartiendra en outre au chef d’établissement de déterminer quels sont ceux d’entre eux qui, témoignant d’un enseignement original, méritent d’être versés aux archives de l’établissement. »

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Notes :

[1] V. Cahier de texte numérique : généralisation confirmée pour la rentrée 2010.

[2] V. par ex. sur le site vousnousils.fr, C. Bach, « Le cahier de textes numérique : un “véritable outil de travail” ».

[3] Ce fut affirmé dans la circulaire du 3 mai 1961 et cela est réitéré dans la circulaire du 6 septembre 2010.

[4] La circulaire du 6 septembre 2010 en reprend les termes.

[5] V. le référentiel : « Description fonctionnelle du cahier de textes numérique. Recommandations d’usages ».

[6] Dans un rapport de la commission e-Educ « Pour le développement du numérique à l’école », remis en 2008, il avait d’ailleurs été noté que « les nouveaux services, supports de gestion de l’activité professionnelle de l’enseignant : cahier de textes, carnets de notes et de correspondances, réservation de salles, agenda partagé, courrier électronique, forum, publications, etc. sont généralistes et source de gain en efficacité dans toutes les disciplines. Les instruments tels que les tableaux numériques interactifs sont à même d’enrichir les pratiques pédagogiques dans toutes les disciplines (y compris en EPS par exemple) ».

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